Biodiversité : il faudra tirer les conséquences de cette crise

Tribune Covid-19

par Sébastien Moncorps

https://uicn.fr/tribune-biodiversite-il-faudra-tirer-les-consequences-de-cette-crise/

 

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Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), craint une “démobilisation sur les enjeux de biodiversité” avec la crise sanitaire actuelle. Or, plaide-t-il, la pandémie devrait justement être considérée comme une nouvelle alerte.

Le Congrès mondial de la nature l’UICN qui devait se tenir en juin 2020 à Marseille vient d’être officiellement reporté du 7 au 15 janvier 2021. Cet événement rassemblera toute la communauté internationale de la conservation de la nature pour relancer la mobilisation en faveur de la biodiversité et enrayer son déclin alarmant. Les 1 300 organisations membres de l’Union Internationale pour la conservation de la nature, son réseau de plus de 15 000 experts, ainsi que de nombreux autres acteurs (Etats, agences de l’ONU, associations, institutions scientifiques, entreprises, collectivités…) y sont attendus pour débattre des enjeux et proposer des solutions.

Le congrès sera suivi de la COP15 Biodiversité en Chine, dont le report a également été annoncé, qui va dresser le bilan des actions engagées sur les 10 dernières années et adopter le nouveau cadre mondial de la biodiversité pour les 10 prochaines. Ces deux événements internationaux, en France et en Chine, sont une opportunité exceptionnelle de fixer un cap ambitieux et des mesures opérationnelles pour protéger la nature.

“Le virus illustre les dangers de la surexploitation des espèces sauvages”

Avec la crise sanitaire actuelle, un risque de démobilisation sur les enjeux de biodiversité pourrait arriver et les reléguer en arrière-plan des priorités internationales et nationales. Cependant le Congrès mondial de l’UICN et la COP15 sont plus que jamais nécessaires pour agir pour une planète plus saine et plus durable!

L’épidémie mondiale du Covid-19 trouve en effet son origine dans les pressions que nous exerçons sur la biodiversité. Le virus a émergé depuis un marché de Wuhan en Chine en mettant en contact des animaux sauvages, des animaux domestiques et la population humaine. Il est vraisemblablement issu d’une recombinaison virale impliquant plusieurs hôtes sauvages, parmi lesquels des chauves-souris et des pangolins. Il illustre les dangers de la surexploitation des espèces sauvages, considérée comme la 2e grande cause de disparition de la biodiversité dans le monde, à la fois pour la survie des espèces elles-mêmes et pour les humains.

Toutes les espèces de pangolins (4 asiatiques et 4 africaines) figurent dans la liste rouge des espèces menacées de l’UICN et font l’objet d’un braconnage et d’un trafic intenses malgré leur inscription à l’annexe 1 de la convention de Washington (CITES) interdisant leur commerce international. On estime que plus de 200.000 individus sont braconnés chaque année dans le monde.

“C’est une nouvelle alerte sur le lien entre crise de la biodiversité et crise sanitaire”

C’est une nouvelle alerte, ici sans précédent, sur le lien entre crise de la biodiversité et crise sanitaire puisque de précédentes épidémies (Ebola, le SRAS ou la grippe aviaire) avaient aussi trouvé leur origine dans les atteintes à la biodiversité. La dégradation des milieux naturels et le trafic illégal favorisent les contacts avec les espèces sauvages, et donc la transmission de pathogènes aux humains, et déstabilisent le fonctionnement des écosystèmes. La mondialisation de nos échanges et les élevages intensifs accentuent aussi les risques d’apparition et de propagation de maladies.

A l’inverse, des écosystèmes préservés et diversifiés permettent d’avoir un système plus résilient et plus régulé. L’Evaluation des écosystèmes pour le Millénaire publié en 2005 par l’ONU indiquait déjà que l’érosion des écosystèmes pourrait entraîner une augmentation des maladies existantes ainsi qu’un risque accru de nouvelles maladies émergentes. Il montrait aussi tous les services que nous rendent les écosystèmes pour notre santé, la régulation du climat, la pollinisation des cultures et bien d’autres.

Il faudra tirer les conséquences de cette crise en intégrant pleinement ses liens avec la dégradation de la nature. La mobilisation engagée pour la protection de la biodiversité en 2020 doit donc impérativement se poursuivre car elle est indispensable au bien-être humain et à une planète plus durable.”

Déclaration de l’UICN sur la pandémie de COVID-19 (*)

14 avril 2020

Source : https://www.iucn.org/fr/news/secretariat/202004/declaration-de-luicn-sur-la-pandemie-de-covid-19

Alors que le monde entier continue de lutter contre la pandémie de COVID-19, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) souhaite exprimer sa solidarité envers toutes les personnes déjà directement touchées par le virus dans le monde. Nos pensées vont à toutes les populations vulnérables, en particulier celles souffrant déjà des ravages de la dégradation environnementale, dont beaucoup ne disposent que d’un accès limité à des soins de santé adéquats pour des raisons financières ou géographiques.

L’Union reste pleinement attachée à la santé et à la sécurité de ses employés et de ses Membres, et nous avons pris des mesures drastiques pour les protéger. Nous sommes aux côtés des 1 400 Membres et des plus de 17 000 experts bénévoles des Commissions de l’UICN, dans presque tous les pays du monde. Nous saluons les nombreux héros de l’environnement et peuples autochtones qui continuent leur travail, en première ligne de la conservation, en ces temps difficiles.

L’UICN réitère son engagement à conserver la nature pour une planète et des personnes en bonne santé. Nous continuons d’aider les communautés en ces temps incertains, tout en intensifiant les domaines de travail qui nous aideront à comprendre et à aborder les facteurs sous-jacents des maladies découlant de contacts entre les humains et la faune ou le bétail, connues sous le nom de zoonoses. De nombreux programmes, Membres et Commissions de l’UICN travaillent déjà sur des questions qui nous aideront à mieux comprendre cette crise et à nous en relever. La Commission pour la survie des espèces et la Commission sur la gestion des écosystèmes de l’UICN travaillent à améliorer rapidement notre compréhension de la façon dont ces transferts d’agents pathogènes ont lieu au cours d’activités humaines, telles que le commerce illégal d’espèces sauvages et le changement d’utilisation des terres.

Le changement d’utilisation des terres est un facteur clé des maladies zoonotiques émergentes. La déforestation, la fragmentation des habitats et l’expansion des frontières agricoles augmentent les contacts entre les humains et les autres animaux, augmentant potentiellement les chances d’apparition et de propagation de zoonoses. C’est pourquoi les aires protégées et le droit de l’environnement doivent faire partie de notre stratégie mondiale pour réduire ou prévenir les futures épidémies. En comprenant les conséquences des activités humaines conduisant à la propagation des maladies zoonotiques, nous pourrons nous assurer que nous reconstruisons de manière réfléchie, et communiquer clairement des remèdes efficaces à long terme à des acteurs allant de décideurs politiques aux communautés locales.

Une crise, surtout de cette intensité, inspire la réflexion et soulève des questions difficiles. Au-delà de la tragédie humaine, la relation de l’humanité avec le monde naturel et l’impact de nos activités ont reçu une attention considérable. Face à la catastrophe économique résultant de l’arrêt soudain et drastique de nos activités, beaucoup ont fait remarquer que, au-delà de la tragédie humaine, notre empreinte sur la planète a temporairement diminué. Pas de doute, cela est un signe que nous sommes capables de faire les choses différemment, mais considérer cela comme un résultat positif serait une grave erreur. Le coût a été et sera énorme en termes de pertes d’emplois, de difficultés et de souffrances. En outre, il est clair que l’épidémie de la COVID-19 apporte également de nouvelles menaces pour les peuples autochtones et les communautés rurales, ainsi qu’une exacerbation de la violence, en particulier contre les femmes et les filles, les conditions de quarantaine faisant des foyers à risque des lieux encore plus dangereux.

Nous pouvons reconstruire, mais faisons-le plus intelligemment. En tant que communauté, nous avons souvent parlé de la nécessité d’un changement transformationnel. Travaillons ensemble, dès maintenant, pour nous assurer que nous suivrons une voie réfléchie et durable. L’UICN continuera de s’engager avec les femmes et les hommes de toutes les communautés pour élaborer et mettre en œuvre des solutions sûres et équitables.

Des gens, dans le monde entier, en particulier ceux en première ligne de la lutte contre cette pandémie, continuent d’aller travailler, mettant souvent leur vie en danger afin que d’autres puissent être pris en charge, protégés et disposer d’un accès continu aux aliments et aux autres besoins vitaux. Les progrès technologiques qui ont marqué ces dernières décennies permettent aujourd’hui à beaucoup d’autres, en particulier dans les centres urbains, de travailler à domicile. Ils assistent aux mêmes réunions qu’ils le feraient au bureau ou à l’autre bout du monde, et produisent des résultats similaires. Ils conduisent moins, volent moins, polluent moins.

Afin de tirer une leçon de la tragédie en cours, nous devrions tous nous engager à revoir notre façon de travailler. Nous devrions analyser comment réduire notre empreinte sur le monde naturel en continuant à utiliser les outils que nous utilisons actuellement. Nous pouvons nous fixer des objectifs pour voler et voyager moins, et rendre compte de nos progrès d’une manière transparente.

En tant que leader mondial dans la mise en œuvre et la coordination de recherches et de conseils politiques en matière d’environnement, l’UICN continuera de travailler avec ses Membres et ses réseaux pour vous apporter des idées essentielles et des enseignements. Nous restons attachés à notre puissante Union, à notre mission de développement durable et à travailler ensemble pour assurer une planète saine, avec des personnes en bonne santé.

 

(*)https://www.fne.asso.fr/communiques/pour-que-vive-la-nature-le-guide-pour-agir-de-14

Il est temps de ne pas reprendre

Il est temps de ne pas reprendre / È tempo di non riprendere / Es ist Zeit, nicht einfach weiter zu machen / Es hora de no volver a empezar / It’s time to not resume

https://framaforms.org/il-est-temps-de-ne-pas-reprendre-e-tempo-di-non-riprendere-es-ist-zeit-nicht-einfach-weiter-zu

Bonjour, Hola, Hallo, Ciao, Hello

You will find here several versions of a text written by the « Atelier d’Ecologie Politique », a French collective of scientists. We would like to publish it soon in several international journals with many signatures of scientists. Do not hesitate to sign it if you agree with it and to transmit it. You can either download the pdf version of the file (which includes a few references), or read the text below by selecting the right language.

Vous trouverez ici plusieurs versions d’un texte rédigé par l’Atelier d’Ecologie Politique (Toulouse) et l’Ecopolien (Paris), des collectifs français de scientifiques. Nous souhaiterions le publier prochainement dans plusieurs journaux internationaux avec de nombreuses signatures de scientifiques. La version francaise a été acceptée pour publication dans Le Monde. N’hésitez pas à le signer si vous êtes d’accord avec lui et à le transmettre. Vous pouvez télécharger la version pdf du fichier (qui inclut des références) ou bien lire le texte ci-dessous en sélectionnant la bonne langue.

Troverete qui diverse versioni di un testo scritto dall' »Atelier d’Ecologie Politique », un collettivo francese di scienziati. Vorremmo pubblicarlo presto su diverse riviste internazionali con molte firme di scienziati. Sentitevi liberi di firmarlo se siete d’accordo e di trasmetterlo. Potete scaricare la versione pdf del file (che include i riferimenti) o leggere il testo sottostante selezionando la lingua giusta.

Sie finden hier mehrere Versionen eines Textes, der vom Atelier d’Ecologie Polique (Toulouse) und den Ecopolien (Paris), französischen Kollektiven von Wissenschaftlern, verfasst wurde. Wir möchten es demnächst in mehreren internationalen Zeitschriften mit vielen Unterschriften von Wissenschaftlern veröffentlichen. Zögern Sie nicht, ihn zu unterzeichnen, wenn Sie damit einverstanden sind, und ihn zu übermitteln. Sie können die PDF-Version der Datei herunterladen oder den Text unten lesen, indem Sie die richtige Sprache auswählen.

Encontrarán aquí varias versiones de un texto escrito por el « Atelier d’Ecologie Politique », uncolectivo de científicos franceses. Nos gustaría publicarlo pronto en varias revistas internacionales con muchas firmas de científicos. No dude en firmarlo si está de acuerdo con él y a compartirlo. Puede descargar la versión pdf del archivo (que incluye referencias) o leer el texto a continuación seleccionando el idioma correcto.

Você encontrará aqui várias versões de um texto escrito pelo Atelier d’Ecologie Politique, um coletivo francês de cientistas. Gostaríamos de publicá-lo em breve em vários periódicos internacionais com muitas assinaturas de cientistas. Não hesite em assiná-lo se concordar com ele e encaminhá-lo. Você pode baixar a versão pdf do arquivo ou ler o texto abaixo, selecionando o idioma correto.

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La belle histoire de la vie

par Michel Gauthier-Clerc

Editions De Boeck Supérieur 2019,

B1348  Louvain-la-Neuve, Belgique

ISBN 978-2-8073-2177-9

Compte rendu par François Burnier,

Docteur en médecine,

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L’avouerai-je ?  A première vue, le titre de cet ouvrage ne m’avait pas particulièrement accroché. Trop général ? Je me hâte de préciser que j’avais entièrement tort. J’y reviendrai à la fin.

Docteur en écologie et en médecine vétérinaire, ayant notamment étudié les manchots de l’île Crozet, l’auteur (*) nous emmène sur les traces de tous les hommes qui se sont intéressés à la nature, en commençant avec les cueilleurs chasseurs d’il y a 400’000 ans pour arriver au XXIème siècle et à l’intelligence artificielle.

D’une lecture fort agréable, l’ouvrage se compose d’environ 150 thèmes apparaissant sur la page de gauche avec, sur la page de droite, une photo de grande qualité où l’on découvre une peinture de la grotte de Lascaux, un fossile d’ammonite, le tronc tortueux d’un olivier, une enluminure du XVème siècle, des dessins de Léonard de Vinci, une harde de biches dans une futaie, André Vésale effectuant une dissection humaine, un colibri prélevant du nectar, une préparation microscopique de protozoaires, un avion pulvérisant des pesticides…

Le premier des six grands chapitres décrit la préhistoire et l’Antiquité, abordant notamment la colonisation de la planète par les humains, la disparition de la mégafaune et les extinctions de masse. Nous voici d’emblée dans le vif du sujet.  Le regard porté sur la nature par l’Inde et la Chine antiques est bientôt suivi de celui d’Aristote et de Pline l’Ancien, le parcours étant entrecoupé de questionnements – Qu’est-ce que le vivant ? D’où vient la vie ? Qu’est-ce qu’un biologiste ? – ainsi que de descriptions de l’évolution de la médecine, tant humaine que vétérinaire.

Nous allons ensuite du Moyen Âge à l’aube des Lumières, avec le progrès des connaissances botaniques, zoologiques et anatomiques, ainsi que l’accès au monde microscopique. C’est à partir du début du XVIème siècle que, après une étrange pause de plus de 1300 ans, les connaissances en anatomie recommencèrent à progresser, parallèlement au développement de l’histoire naturelle.  A la suite des philosophes et des scientifiques grecs, Descartes appliquait une méthode rationnelle et il considérait les êtres vivants comme des machines répondant uniquement aux lois de la chimie et de la physique.  A cette approche mécaniste s’opposaient le vitalisme, évoquant une force invisible, ainsi que l’alchimie.  Parallèlement, les enseignements de l’Eglise ne permettaient pas d’envisager que les espèces puissent évoluer et se transformer au cours du temps.

La fin du XVIIIème siècle vit apparaître certaines formes de conscience environnementale, avec notamment la mise sur pied de réserves forestières, dans le but notamment de se protéger du changement climatique et de la sécheresse.  C’est aussi à cette époque que Malthus, dans son Essai sur le principe de population, proposa un contrôle actif du nombre des naissances dans le but d’éviter un épuisement des ressources disponibles.

Les trois chapitres qui suivent abordent, parmi bien d’autres sujets, la symbiose, les écosystèmes et la dynamique des populations, la découverte de l’ADN, la manipulation parasitaire, l’éthologie et l’écologie comportementale, l’investissement parental, les anticorps monoclonaux, la brevetabilité du vivant et les OGM, la bioéthique, le concept d’Anthropocène, l’épigénétique, le SRAS, l’initiative mondiale One Health,

l’intelligence artificielle, l’agricultures synthétique et l’agriculture biologique… et bien d’autres domaines. Il est impossible de rendre justice en quelques lignes à un ouvrage tel que celui-ci, où convergent magistralement histoire et biologie, le tout dans une approche d’une grande esthétique. Ainsi donc, ce livre mérite pleinement son titre.

En refermant cet ouvrage, le 31 mars 2020, en pleine crise du coronavirus – ou faut-il dire : au début de cette crise ? – on pense inévitablement aux réflexions que l’auteur pourrait faire au sujet de la tragédie que nous vivons en ce printemps si différent des autres.

(*) Michel Gauthier-Clerc dirige actuellement le Zoo de la Garenne, à Le Vaud, en Suisse, non loin du Lac Léman. Entièrement rénové en 2016, ce parc animalier est réputé non seulement pour ses installations vastes et modernes, son excellente présentation didactique et son accueil du public, mais aussi pour les succès qu’il a remportés dans l’élevage en captivité du gypaète barbu. Ces efforts ont grandement contribué à la réintroduction accomplie dans les Alpes de ce magnifique rapace qui avait été exterminé vers la fin du XIXème siècle en raison de l’ignorance destructrice de l’homme.

Péril sans précédent pour nos abeilles !

Tel est bien le sens du message que l’ONG Pollinis (https://www.pollinis.org/nous-connaitre/) qui combat depuis des années contre les constantes faiblesses des instances nationales, européennes et internationales face aux géants mondiaux de production des pesticides et fongicides rebaptisés par leurs puissants lobbys “produits phytosanitaires”.

A titre exceptionnel, nous reproduisons ci-après le dernier appel de Pollinis ainsi que la pétition qui l’accompagne.

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Il a fallu des années de bataille, les cris d’alarme d’apiculteurs, le soutien des meilleurs chercheurs et spécialistes de l’abeille en France et en Europe, et la mobilisation de centaines de milliers de citoyens…

…pour convaincre les députés européens d’adopter, en mars 2018, un texte réclamant la sauvegarde des abeilles locales européennes au patrimoine génétique si précieux, et la protection des conservatoires qui tentent de les préserver, dans l’intérêt de tous.

Mais depuis bientôt deux ans, la Commission européenne et les États membres, désormais en charge du dossier, refusent d’agir. 

À ce jour, nos abeilles locales sont extrêmement vulnérables. Elles ont besoin du soulèvement massif de toutes les personnes qui voudront bien prendre un petit peu de leur temps et agir pour les défendre.

 

La situation devient critique :

Installées depuis plus d’un million d’années sur tout le continent européen, les abeilles locales butinent sans relâche, saison après saison, siècle après siècle, les fleurs de nos campagnes, assurant la reproduction d’une grande partie des fruits et légumes consommés par des générations d’habitants.

C’est en partie grâce à leur travail acharné que nos paysages sont aujourd’hui riches de tant d’espèces et sous-espèces d’arbres, arbustes et autres plantes à fleurs qui forment les prairies d’Irlande, les forêts slovènes ou la garrigue typique des berges de la Méditerranée.

Aujourd’hui, ces pollinisateurs pourtant indispensables subissent de plein fouet le contrecoup des grands bouleversements contemporains…

Attaquées de toutes parts – par les pesticides déversés dans les champs qu’elles butinent, par la suppression au profit de la monoculture intensive des haies et des friches qui étaient autant de refuges et de réservoirs à fleurs sauvages, par les parasites et les agents infectieux qu’on retrouve désormais dans toutes les ruches de France et d’Europe (l’acarien Varroa destructor, le champignon Nosema ceranae, et d’autres virus, bactéries et champignons), par de nouvelles espèces prédatrices (comme le frelon asiatique) qu’elles ne savent pas combattre, par les changements climatiques –, nos abeilles sont vulnérables.

Mais ce n’est pas tout.

Pour faire face à la mortalité massive de leurs colonies et renouveler leurs cheptels disparus…

…un grand nombre d’apiculteurs désespérés ont recours à des reines importées de pays étrangers (Grèce, Malte, Chypre, mais aussi Chili, Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande ou Chine…).

Voyageant par avion ou par camion sur de longues distances dans des petites boîtes, accompagnées de quelques ouvrières qui les assistent pour assurer leur survie, les reines arrivent fragilisées et affaiblissent la colonie sur laquelle elles sont appelées à régner.

Surtout, elles apportent avec elles un patrimoine génétique adapté à un environnement souvent très différent, à d’autres climats, d’autres fleurs et d’autres conditions de vie avec lesquelles elles ont co-évolué pendant des millénaires…

Ces abeilles ne sont pas adaptées à nos conditions locales, et naturellement décorrélées du calendrier des floraisons.

Elles nécessitent encore plus de soins et d’interventions de la part des apiculteurs, qui les nourrissent avec du sucre, ce qui ne permet pas à leur système immunitaire de se renforcer : aujourd’hui en France, la quantité de sucre utilisé pour le nourrissement des abeilles dépasse le poids de la récolte de miel.

C’est surréaliste !

Résultat : les colonies d’abeilles hybrides ou étrangères deviennent rapidement très fragiles, et résistent difficilement aux agressions extérieures – parasites, virus, produits chimiques, manque de diversité dans le pollen dont elles se nourrissent…

Il est probable que d’ici quelques années seulement, plus aucune abeille à miel ne soit capable de survivre sans intervention humainequ’on est loin des butineuses libres et sauvages, parfaitement autonomes, qu’elles ont été pendant des millénaires !

Peut-être pire encore :

Comme une reine abeille peut être fécondée dans la nature par au moins 15 ou 20 mâles qui n’hésitent pas pour cela à parcourir des dizaines de kilomètres pour la trouver, l’hybridation des abeilles locales avec des races d’abeilles importées s’accélère à une vitesse effrayante.

Dans certaines régions, les abeilles importées ou hybridées sont désormais majoritaires : vers les Pyrénées, en Alsace et en Bourgogne, dans le Jura…

Le phénomène touche tous les pays européens. Et le rythme des importations continue d’augmenter au fur et à mesure que les abeilles dépérissent plus rapidement : 5 % d’abeilles hybridées en 2007, 48 % en 2012… On atteint même 80 % dans certaines régions !

Une spirale infernale qui pourrait mener, selon les scientifiques, à une disparition irréversible de notre abeille locale d’ici 15 ans seulement.

Ce sont des millénaires d’adaptation génétique au climat local, aux plantes, aux fleurs des vergers et des potagers, aux parasites et aux prédateurs qui disparaîtraient avec elles…

Des abeilles irremplaçables, qui ont maintes fois révélé leurs capacités extraordinaires de résistance aux changements climatiques et au stress, et sur lesquelles nous devons pouvoir compter pour les générations futures…

…sont en train de succomber sous les coups répétés d’une agriculture toxique, d’une gestion des cultures aberrante, et des tentatives désespérées des apiculteurs pour sauver leur activité.

Nous avons vraiment BESOIN de nos abeilles locales.

L’abeille noire de Savoie, par exemple, sait particulièrement bien s’adapter aux conditions difficiles de la vie en montagne : rustique, économe, elle peut passer six mois sous la neige, quand les autres abeilles ont besoin d’être nourries artificiellement et en quantité avec des pains de sucre pour survivre à l’hiver.

L’abeille des Landes a adapté son cycle de butinage à l’apparition de la bruyère, au mois d’août, tandis que l’abeille normande butine les fleurs de pommier dès le mois d’avril…

Certains grands laboratoires se permettent déjà de séquencer ce capital génétique unique pour se l’approprier dans des banques génétiques, le breveter à leur avantage et le commercialiser le jour où l’on ne trouvera plus une seule abeille locale dans la nature ou dans nos ruches…

Cet intolérable accaparement de la nature au profit d’une poignée de grandes industries, ne peut être efficacement combattu qu’en protégeant à tout prix nos abeilles locales dans la nature, dans les milieux avec lesquels elles ont évolué !

C’est l’objectif de petits groupes d’apiculteurs engagés, de chercheurs et de passionnés de l’abeille de plus en plus nombreux, qui ont décidé d’agir pour protéger ce qu’il reste encore de colonies d’abeilles locales – en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni, au Danemark et un peu partout en Europe.

Ils ont monté des conservatoires, véritables sanctuaires où les abeilles locales peuvent continuer à évoluer et se reproduire naturellement, dans le respect de leur cycle de vie et de leur biologie, et dans la plus complète autonomie possible.

Dans ces conservatoires – que ce soit dans la vallée des Encombres en Savoie, au cœur des bocages de l’Orne, dans la forêt de Rambouillet en région parisienne, sur les monts rocheux des Cévennes ou près des volcans d’Auvergne en Combrailles, pour ne parler que de la France et des conservatoires soutenus et défendus par POLLINIS…

…les butineuses sont assurées de polliniser les plantes et fleurs locales avec lesquelles elles ont évolué depuis des millénaires.

Ces volontaires accomplissent au quotidien un travail magnifique, dramatiquement nécessaire pour TOUS : apiculteurs professionnels ou amateurs, naturalistes passionnés de « l’abeille pour l’abeille », ou simples citoyens.

À partir de ces petits paradis où l’abeille locale peut retrouver sa force et se reproduire, il sera peut-être possible de repeupler l’ensemble du territoire !

Mais ces conservatoires sont en danger : ils ont besoin de votre aide – et de celle du plus grand nombre de citoyens que nous arriverons à mobiliser à travers l’Europe.

Certains pays de l’UE ont déjà pris, à leur niveau, des mesures pour consacrer de petites zones de leur territoire à la protection de leurs précieuses abeilles locales. Mais en France, comme dans la plupart des pays européens… rien ou presque : il y a bien des arrêtés (communaux, ministériels, fédéraux…) qui listent les insectes protégés – on y trouve des papillons comme l’azuré du serpolet, l’apollon ou le sphinx de l’épilobe ; des coléoptères comme le grand capricorne ou la rosalie des Alpes ; une grande variété, hélas, de libellules (leucorrhines, cordulies…).

Mais pas d’abeilles.

Du fait de sa rencontre avec l’Homme, l’abeille qu’on trouvait pourtant à l’état naturel il y a quelques décennies encore, n’entre désormais plus dans la catégorie des espèces sauvages. 

Elle ne peut donc pas être protégée comme le sont les papillons par exemple…

Pour autant, elle n’entre pas non plus dans le cadre des animaux d’élevage protégés – comme le cabri créole, le porc de Bayeux ou la vache mirandaise par exemple.

Les abeilles locales sont victimes d’un vide administratif : elles n’entrent pas dans les cases des espèces considérées comme menacées.

Et il en va de même pour les conservatoires qui tentent coûte que coûte de les sauvegarder : aucun outil juridique ne leur permet de protéger leurs ruches contre l’intrusion d’abeilles importées et empêcher l’hybridation de leur cheptel.

C’est un combat de tous les jours pour ces apiculteurs courageux et déterminés à sauver ce qu’il reste encore d’abeilles locales sur le territoire.

À Belle-Île-en-mer, en Lozère, ou même dans les conservatoires d’Île-de-France ou d’Auvergne, soutenus par le CNRS, il ne se passe pas une année sans qu’une affaire d’intrusion de cheptel importé n’éclate :

il suffit de l’installation dans ces zones d’une seule ruche peuplée d’abeilles différentes pendant la période de fécondation pour anéantir tout ce travail de protection et de préservation.

Et à chaque fois, il faut se battre, essayer de convaincre les intrus de la nécessité de protéger l’écotype local…

Ce serait tellement plus facile si les conservatoires bénéficiaient tout simplement d’une protection juridique solide, comme c’est le cas pour les parcs nationaux, les espaces naturels sensibles, les réserves biologiques ou les aires marines protégées !

Suite à une première vague de mobilisation des citoyens et des apiculteurs en Europe, initiée par POLLINIS :

Les députés européens ont adopté en mars 2018 un texte salvateur qui prévoyait de « renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques ». (1)

Mais à ce jour, ces belles promesses sont restées lettre morte. 

Aucune suite n’a été donnée par la Commission européenne ou les États membres, chargés de la mise en œuvre concrète de ces recommandations…

Chaque année qui passe augmente pourtant davantage la menace d’extinction de nos précieuses pollinisatrices locales… 

…vulnérables dans leurs sanctuaires qui ne sont protégés que par la vigilance et la détermination d’une poignée de citoyens et d’apiculteurs volontaires !

C’est pourquoi notre association POLLINIS – qui est l’un des membres fondateurs de la Fédération européenne des Conservatoires de l’abeille noire (FEdCAN) – bat une nouvelle fois le rappel en Europe pour demander d’urgence la mise en place des mesures salutaires votées par les députés européens il y a presque deux ans déjà :

Ajoutez votre voix à celle des citoyens et des apiculteurs protecteurs de l’abeille noire et des abeilles locales européennes…

pour demander la protection juridique des conservatoires d’abeilles locales et pour faire reconnaître l’importance majeure des différentes variétés locales pour la biodiversité et l’avenir de l’apiculture en Europe !

 

Nous sommes en train de lancer une grande mobilisation des citoyens, des apiculteurs, des associations naturalistes et de défense des pollinisateurs, dans tous les pays d’Europe, pour obtenir l’adoption d’un statut d’urgence garantissant la protection par zones des différentes espèces locales d’abeilles.

Des dizaines d’associations a déjà rejoint notre coalition pour mener la bataille en Finlande, en Norvège, en Suède, en Belgique, dans les Balkans…

Il suffit parfois de seulement quelques essaims d’abeilles importées pour détruire tout un cheptel d’abeilles locales. Sans véritable protection officielle, les zones de sauvegarde sont à la merci de n’importe quel voisin qui déciderait de se lancer dans l’apiculture avec des colonies exotiques. Les conséquences sont potentiellement dramatiques pour l’abeille locale :

La disparition de ces petits insectes indispensables réduirait à néant tous les espoirs de repeupler les territoires avec les différents écotypes locaux d’abeilles naturellement adaptées et résistantes, et d’enrayer en Europe le déclin alarmant des abeilles et des pollinisateurs.

Vous le savez, ici chez POLLINIS, nous nous battons depuis des années contre les principaux facteurs de mortalité des abeilles – pesticides tueurs d’abeilles en tête…

Mais tout ce travail ne servirait à rien si nous laissions en parallèle le patrimoine génétique des abeilles se dégrader à force d’hybridations incontrôlées avec des abeilles moins adaptées.

Nous avons obtenu de haute lutte la prise en compte officielle de cette tragédie par les décideurs européens en 2018 : désormais, nous devons exiger la mise en place de mesures qui permettent réellement de protéger, de façon durable et naturelle, les races d’abeilles locales pour empêcher leur disparition !

Mais nous avons besoin pour y arriver d’une vaste mobilisation des citoyens européens pour faire pression sur les institutions européennes :

S’il vous plaît, rejoignez la mobilisation en cliquant ici, et aidez-nous à faire connaître l’histoire des abeilles locales et de leur extinction silencieuse à un maximum de personnes à travers l’Europe. C’est une catastrophe qui nous concerne tous, et qui est malheureusement ignorée de la plupart des gens.

 

Ne croyez surtout pas que le combat soit gagné d’avance.

En face de nous, des laboratoires se démènent pour décoder les précieux gènes de l’abeille locale et fabriquer des « super-abeilles », résistantes aux pesticides par exemple…

…pour breveter ce bien inestimable (qui devrait au contraire être protégé au titre de patrimoine commun de l’Humanité – et de la Nature !) et en faire une source de profit gigantesque en prenant toute l’humanité en otage. 

Ces géants de la biotechnologie espèrent, en « créant » de toutes pièces des abeilles « compatibles » avec les pesticides (comme ils le font déjà avec certaines cultures comme le maïs OGM), maintenir l’Europe dans la dépendance chimique où elle se trouve actuellement, et empêcher le passage urgent à une agriculture qui ne décime plus les pollinisateurs.

La préservation des différentes abeilles locales européennes est l’un des meilleurs moyens dont nous disposons aujourd’hui pour garantir aux générations futures des pollinisateurs naturellement résistants et adaptés à leurs environnements locaux.

Et pour espérer faire basculer rapidement l’Europe dans un système agricole respectueux des pollinisateurs et des écosystèmes, qui apprend à les utiliser plutôt que vouloir à tout prix les transformer.

Alors s’il vous plaît, signez au plus vite votre pétition pour obtenir la sauvegarde des abeilles locales et la protection juridique de leurs zones de conservation.

Et si vous le voulez bien, faites circuler largement ce message autour de vous, pour informer et alerter vos proches de ce gâchis gigantesque et encore méconnu, et les rallier à notre mouvement pour faire pression sur les institutions européennes et protéger véritablement les abeilles locales.

Merci par avance !

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général

Rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI))

 

PETITION POUR LA SAUVEGARDE DES ABEILLES LOCALES EUROPEENNES ET LA PROTECTION JURIDIQUE DE LEURS ZONES DE CONSERVATION

ATTENDU QUEpartout en Europe, les écotypes locaux d’abeilles, présents depuis un million d’années sur notre continent, sont menacés de disparition par les pratiques de l’agriculture intensive et de l’apiculture industrielle ; 

ATTENDU QUE ces précieuses pollinisatrices, adaptées au climat, à la flore et aux conditions locales, et naturellement plus résistantes aux maladies, constituent un patrimoine naturel commun irremplaçable ;  

ATTENDU QU’aucun outil juridique ne protège actuellement au niveau européen ces races géographiques d’abeilles – pas plus que ne sont protégés les conservatoires qui se sont donnés pour mission de les sauvegarder ; 

ATTENDU QUEsous la pression des citoyens et d’apiculteurs, le Parlement européen a voté en mars 2018 un rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI)) qui entend« renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques » – à ce jour non suivi d’effet.

NOUS, CITOYENS EUROPÉENS ALARMÉS PAR LE DÉCLIN MASSIF DES ABEILLES ET SES CONSÉQUENCES DRAMATIQUES SUR NOTRE ALIMENTATION ET NOTRE ENVIRONNEMENT, ET SOUCIEUX DE PRÉSERVER, POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES, CES INDISPENSABLES ABEILLES DE NOS RÉGIONS, NOUS EXHORTONS LA COMMISSION EUROPÉENNE ET LES ÉTATS MEMBRES À DONNER SUITE AUX RECOMMANDATIONS DU PARLEMENT, 

  • EN INSTAURANT D’URGENCE UNE PROTECTION JURIDIQUE DES ZONES CONSERVATOIRES DES SOUS-ESPÈCES ET ÉCOTYPES D’APIS MELLIFERA
  • ET EN IMPOSANT LA SAUVEGARDE DES ABEILLES MELLIFÈRES INDIGÈNES DU TERRITOIRE DE L’UNION, POUR LES INTÉRÊTS PATRIMONIAL, ÉCOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE QU’ELLES REPRÉSENTENT.

 

SOUTIENS DE LA PÉTITION

https://save-local-bees.org

Nicolas LAARMAN, Représentant de POLLINIS ; Lionel GARNERY, Représentant de la Fédération Européenne des Conservatoires d’Abeille Noire et enseignant – chercheur à l’Université de Versailles Saint Quentin, CNRS de Gif-sur-Yvette, en « Diversité génétique, histoire évolutive et conservation Chez Apis mellifera » ; Yves Elie LAURENT, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Cévennes ; Christian BARGAIN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de l’Île de Groix ; Raymond DAMAN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de l’Orne ; Klébert SILVESTRE, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de Savoie ; Noël MALLET, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire en Combrailles ; Jean Claude GUENNETEAU, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de Belle-île-en-Mer ; Vincent CANOVA, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Boutières en Ardèche ; Philippe RUCHAT / Sébastien GRANGEON, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire d’Île-de-France ; Hubert GUERRIAT, Représentant de Mellifica ASBL ; Dylan ELEN, Représentant de ZwarteBij.org / Conservation genetics ; Ingvar Arvidsson, Représentant de Projekt NordBi ; Loretta NEARY / Sean OSBORNE, Représentant de Native Irish Honey Bee Society ; Dr. Slađan RAŠIĆ, Représentant de la Faculty of Ecological Agriculture, University Educons from Sremska Kamenica, Serbia ; Lars Andreas KIRKERUD, Représentant de Norsk Brunbielag, Champ de recherche : Biology of honeybees, morphometrics ; Anja Laupstad VATLAND, Représentante de Norsk Brunbiesenter ; Bjørn DAHLE, Représentant de Norwegian Beekeepers Association ; Lassi KAUKO, Représentant de The Finnish Association of Dark Bee Keepers ; Nick BENTHAM-GREEN, Chairman de The Bee Improvement and Bee Breeding Association ; Fani HATJINA, Représentante de Hellenic Agricultural Organization « DEMETER » Division of Apiculture et Représentante de Commission sur la Santé de l’Abeille d’APIMONDIA ; Charalambos TOUMBEKIS, Représentant de MEEK-Apicultural Research Education Center ; Alessandro COLOMBO, Représentant de Beekeeping and Environmental Association of Saronikos ; Andrew BROWN, Représentant de B4 Project ; Francisco Javier HERNANDEZ NAVARRO, Représentant de Apigranca, Asociación de Apicultores de Gran Canaria ; Thomas GALEA, Représentant de Breeds of Origin Conservancy ; Alexei PACE, Représentant de Friends of the Earth Malta ;  Keith BROWN, Chercheur en Molecular evolution in honey bees à l’Université NUI Galway ; Fabrizio ZAGNI, Représentant de Apiliguria associazione Apicoltori ; Paolo FONTANA, Chercheur et Représentant de Fondazione Edmund Mach ; Padruot FRIED, Représentant de Conservatories for the Dark Bee in Switzerland 

 

Climat et biodiversité: passer à la vitesse supérieure

René Longet*

Source : AGEFI,

Genève, 5 novembre 2019

Ces derniers mois, tant le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) que l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques)  ont publié des résultats qui font froid dans le dos. Côté biodiversité, l’IPBES classe un million d’espèces comme menacées… 3/4 des milieux terrestres et 2/3 des milieux marins sont fortement altérés, et un quart des espèces de vertébrés, d’invertébrés et de plantes risquent l’extinction. 

La forêt tropicale part en fumée pour l’élevage et les cultures industrielles de soja et d’huile de palme, afin de satisfaire notre appétit démesuré de viande nocif pour notre santé. Côté climat, l’augmentation de la température moyenne est de + 1°C (mais de 2°C en Suisse), entraînant une montée des mers de 0,4 cm/an. Avec 660 millions de personnes vivant à une altitude de moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, bonjour les dégâts.

La  dégradation des sols et de leur couvert végétal réduit les capacités d’absorption de CO2, la fonte des sols gelés libère des quantités importantes de méthane… avec en prime une empreinte écologique des pays industrialisés trois fois trop importante. Le changement climatique s’emballe et l’humanité file du bien mauvais coton.

Malgré ce diagnostic et ces dynamiques inquiétantes, à ce jour les Etats n’ont rien entrepris de bien substantiel qui conduirait à vraiment changer de cap, et comptent surtout sur des engagements volontaires. La célèbre phrase du président Chirac «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs» prononcée au Sommet mondial du développement durable de 2002, mais suivie de pratiquement aucune action significative, illustre bien notre considérable capacité de repousser à plus tard les mesures incisives que la situation exige.

Si les scientifiques ont raison, il s’agit, par exemple, localement et globalement, de:

1) Rationner (c’est-à-dire fixer des priorités en fonction des besoins et de considérations d’équité) l’aviation, la voiture, les poids lourds…

2 Fermer les centrales électriques au charbon.

3) Réexaminer tous les produits chimiques en circulation et retirer ceux dont l’innocuité n’est pas établie.

4) Remplacer l’agriculture industrielle par l’agro-écologie, seule capable de nourrir les humains sans détruire les sols.

5) Interdire les plastiques, à moins d’une garantie d’un recyclage à 100%.

6) Replanter massivement des arbres et protéger les sols.

7) Interdire les chauffages à mazout et réduire notre consommation informatique.

8) Agir contre la surpêche.

9) Retirer du commerce tout objet non recyclable, non réparable ou non réutilisable.

10) Orienter les emplois, les modèles d’affaires et les investissements dans ces directions.

Vraiment difficile et douloureux, tout cela? Pour sauvegarder l’essentiel, nous n’avons pas d’autre choix que de corriger les habitudes que nous avons prises, de facilité, d’insouciance et de confort. Mais sortir de l’agro-industrie, du chauffage excessif de nos logements (chaque °C supplémentaire signifie 7% d’énergie en plus), de notre addiction aux véhicules surmotorisés et de la frénésie des loisirs énergivores nous fera le plus grand bien.

 

* Expert en développement durable

Climat, 10 mesures pour accélérer la transition

par René Longet

Ambassadeur des Cités de l’énergie

Source : Tribune de Genève 26.02.2019

 

Le contraste est saisissant entre le mouvement des jeunes pour le climat et le refus des citoyennes et citoyens bernois de la nouvelle loi sur l’énergie. Dure leçon pour celles et ceux qui, entrant dans l’âge de voter, voient l’écart entre ce qu’il faudrait faire et ce qui se fait ; encore de précieuses années de perdues alors que le temps presse !

Ce vote rappelle qu’on a beau dire « changer le système pas le climat », ce qui détermine la donne est bien la décision de chaque personne de se sentir ou non acteur de l’indispensable transition. Rappelons donc ce qu’on peut faire immédiatement soi-même par des gestes à la fois mobilisateurs et significatifs en termes de réduction de l’empreinte carbone, et dont le but est de déclencher une dynamique collective. Voici 10 mesures répondant à ces critères :

  • Combattre l’obsolescence, réparer et réutiliser les objets, n’acheter que ce qui est nécessaire et revendiquer une législation qui fasse de l’économie circulaire la règle : tout rejet est une ressource au mauvais endroit.
  • Boycotter le plastique tant que son recyclage à 100% n’est pas assuré et demander que cette exigence ait force de loi.
  • Réduire sa consommation de produits carnés d’au moins 50% et demander au secteur agro-alimentaire de faire de même.
  • Refuser tout produit comportant de l’huile de palme ou ayant nécessité du soja importé, si ces matières proviennent de la destruction de la forêt tropicale et revendiquer que ce critère soit imposé par la législation.
  • Soutenir le développement des énergies renouvelables et se réjouir de chaque éolienne, cellule solaire, installation géothermique ou valorisant la chaleur de l’environnement réalisées dans les règles de l’art et exiger le respect du vote populaire du 21 mai 2017 sur la stratégie énergétique.
  • Privilégier les produits bio et du commerce équitable et demander que leur promotion soit inscrite dans les lois et politiques d’achat publiques.
  • Renoncer à l’avion pour des distances de moins de 1000 km et aux véhicules surmotorisés ; réclamer une législation dans ce sens.
  • Demander que les flux financiers se conforment aux Objectifs de développement durable des Nations Unies et que ces objectifs s’imposent à tous les investisseurs privés et publics.
  • Favoriser la biodiversité locale et s’opposer aux abattages d’arbres, de haies ou à d’autres atteintes à la biodiversité sans compensation crédible à proximité, soutenir une politique de promotion de la biodiversité.
  • S’informer et pratiquer une éthique de l’information, combattre les préjugés et les approximations, vérifier ce que l’on entend avant de le répercuter, car l’engagement repose sur une pensée et une parole justes.

En attendant, les 5 plus grandes multinationales du pétrole ont fait en 2018 ensemble 80 milliards de $ de bénéfice. Ces bénéfices exorbitants, nous les payons chaque jour de notre santé et de celle de notre Terre.

Les urgences énergétiques et climatiques se précisent – où en est-on en Suisse deux ans après le vote de la stratégie énergétique 2050 ?

René Longet

Ambassadeur des Cités de l’énergie

Expert en développement durable

Source : Le Temps 21.05.2019

 

L’humanité consomme à un rythme accéléré les ressources du monde, comme le souligne le «jour du dépassement» global avancé en dix ans de début septembre à début août – et qui pour nous a été atteint le 7 mai. »A partir de ce jour, nous vivons donc aux frais des pays plus pauvres ainsi que des générations futures», commente le WWF suisse. En effet, comme beaucoup de pays industrialisés, notre pays présente une empreinte écologique du triple de l’acceptable et les émissions de CO2 générées hors du pays par nos importations constituent les deux tiers de notre empreinte carbone.

Ce facteur 3 est précisément à la base du modèle de la Société à 2000 Watts proposé en 1996 par l’EPFZ (1): une division par 3 de notre consommation d’énergie, à assurer aux ¾ par des énergies renouvelables (atteignant actuellement 22%). A ce jour, tout cela n’a pas préoccupé outre mesure les décideurs ou les citoyennes et citoyens, ni fait substantiellement évoluer un concept économique fondé sur l’illusion de capacités illimitées de la nature à nous pourvoir en ressources et à gérer nos rejets.

Pourtant, réparer plutôt que jeter, fournir des énergies renouvelables plutôt que du fissile et du fossile, généraliser les bâtiments positifs, remplacer l’obsolescence organisée par la mise en valeur de la durée de vie sont autant des sources de rentabilité que les pratiques impliquant une fragilisation écologique et sociale.

Mais pour généraliser ces orientations, il faut modifier les conditions cadre des activités économiques afin d’internaliser les externalités négatives et favoriser les externalités positives, et assurer la prise en compte des services écosystémiques fournis par la nature. Or, intervenir sur l’économie, fâcher les lobbies du court terme, est ce que beaucoup de politiques, englués dans le dogme de la « main invisible », ont bien de la peine à faire. Dans ce contexte, l’adoption par le peuple suisse, voici exactement deux ans, de la stratégie 2050 constituait une avancée importante.

Le 21 mai 2017, un tournant ?

Mais que s’est-il passé depuis ? Parmi les bonnes nouvelles, notons un fort engagement en matière de recherche et d’optimisation des technologies, par exemple sur l’hydrogène, la mobilité électrique ou le stockage ; des cantons comme le Valais qui entendent se libérer à terme de l’énergie fossile ; l’essor de la finance verte ; une approche comme éco21 des SIG (2), reprise à Lausanne et à Yverdon, qui a permis à Genève d’économiser l’équivalent de la consommation d’électricité de 60’000 ménages et de créer 500 emplois durables ; l’engagement de nombreuses entreprises ; un intérêt croissant pour l’économie circulaire…

Mais il y a aussi les moins bonnes nouvelles. L’opposition de principe aux éoliennes et dans une moindre mesure à la géothermie; le fait que 50% de nos bâtiments soient toujours chauffés au pétrole ; un taux de renouvellement du parc immobilier qui plafonne à 0,9% par an et des subventions à la rénovation insuffisamment utilisées ; la surmotorisation du parc automobile; le rejet de la loi bernoise sur l’énergie début 2019…

Dans ce chassé-croisé d’informations contradictoires, où en sommes-nous sur le chemin que nous nous sommes fixés voici 2 ans d’une réduction – encore bien modeste – de la consommation d’énergie de 43% d’ici 2035? Nul ne peut vraiment le dire, personne ne compile les actions ni n’active un compte à rebours : au pays des horlogers, pas de gardien du temps énergétique! N’y aurait-il pas les manifestations de jeunes sur le climat, nous risquerions bien de retomber dans le « business as usual ».

La clé reste comme toujours la volonté politique – et notre prise de responsabilité personnelle dans nos rôles respectifs. A part l’UDC (3) qui s’oriente sur l’irresponsable mode de vie américain et qui célèbre notre dépendance de ressources étrangères, personne n’est vraiment contre, mais l’engagement reste mou ; le sentiment d’urgence reste insuffisamment partagé, et nous continuons à fonder notre approvisionnement en énergie à 78% sur des ressources non disponibles dans le pays, particulièrement toxiques et non renouvelables.

Toutefois, il pourrait revenir au PLR (4) de jouer en matière climatique le rôle qu’a joué le PDC (5) sous Doris Leuthard en matière énergétique, ce qui, avec les formations porteuses de l’exigence climatique et énergétique, pourrait changer la donne. En attendant, 16 milliards de francs sortent chaque année du pays pour se procurer ce fossile dont nous pourrions largement nous passer…

 

Les notes ne sont pas de l’auteur mais du blog Fondation Biosphère et Société.

(1) EPFZ, Ecole polytechnique de Zurich.

(2) SIG, Services Industriels de Genève.

(3) UDC, parti agrarien, conservateur et souverainiste.

(4) PLR, parti de droite.

(5) parti centriste.

 

 

 

 

Négationnisme nucléaire et climat, concurrence des catastrophismes

par Annie Péguin, Professeur de sciences physiques retraitée

et Pierre Péguin, Docteur en physique, Maître de conférence retraité.

juin 2019

Deux risques catastrophiques menacent le vivant et sollicitent notre engagement. Mais, si un nombre croissant de personnes se mobilisent pour « sauver le climat et la planète », ce n’est pas le cas pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire. Est-ce justifié ? Tout se passe comme si le risque climatique est utilisé pour faire écran au risque nucléaire dont le négationnisme se perpétue depuis son origine….

Manifestations pour le climat, grèves des élèves, communiques d’ONG, etc., il apparait que la population (et en particulier les jeunes), est de plus en plus sensible aux conséquences du bouleversement climatique attribué aux activités humaines. Dès maintenant il est rendu responsables de désordres inquiétants annonciateurs d’un «effondrement » inévitable.

Tandis que le lobby pétrolier américain dépense des sommes considérables pour jeter le doute sur les travaux du GIEC* et soutenir les « climato-sceptiques », le lobby français et international du nucléaire se frotte les mains. Il soutient bien sûr le GIEC en prétendant que l’énergie nucléaire est non seulement décarbonée mais également « propre », deux allégations bien sûr contestables.

Quant au risque terrible que fait courir l’armement atomique mondial, et la production nucléaire d’électricité, il n’en est pas vraiment question. Nous sommes donc de toutes faç̧ons manipulés et il peut être utile de prendre en compte des réflexions décalées par rapport à l’idéologie dominante.

Ainsi J.-P. Dupuy, proche de Ivan Illich, auteur de « pour un catastrophisme éclairé » Seuil, 2002, estime que l’humain a des capacités étonnantes d’adaptation aux bouleversements de ses conditions de vie, comme l’histoire l’a montré. Mais Il dénonce « l’aveuglement face à l’apocalypse » atomique (pour reprendre les termes de Günther Anders) et l’incapacité à envisager le pire engendré par la guerre nucléaire que provoqueront les migrations massives. L’auteur lie donc les deux menaces climatique et nucléaire à combattre…

(lire à ce sujet dans le mensuel « La Décroissance » N°159 de mai 2019 l’article « Ne pas oubier la bombe », interview de Jean-Pierre Dupuy).

J’y ajouterais que la catastrophe nucléaire généralisée qu’elle soit due à la guerre atomique ou à un enchaînement domino d’explosions de réacteurs est d’une autre nature que la catastrophe climatique à laquelle l’humain aura à s’adapter, fusse dans la douleur. L’apocalypse nucléaire touche au génétique du vivant et donc de l’humain, ses dégâts sont transmissibles et irréversibles à notre échelle car couvrant des centaines de milliers d’années.

Face à cela, l’aveuglement de la population est entretenu soigneusement depuis le début de l’ère nucléaire, alors que les risques pour le vivant en ont été perçus très rapidement. Mais Il fallait les cacher pour ne pas entraver le développement de cette énergie colossale source de pouvoir illimité.

Le négationnisme nucléaire

C’est dès le début du nucléaire, au lancement du projet Manhattan que le négationnisme nucléaire a été institué. Il fallait que les moyens considérables mis en œuvre aux US pour aboutir à l’arme atomique ne soient pas remis en cause par l’opinion publique nationale et internationale. Les graves conséquences de la radioactivité sur le vivant devaient être cachées, y compris les horribles injections d’uranium ou de plutonium à des patients à leur insu, ou le silence acheté des familles de travailleurs victimes de contaminations, ou encore les territoires du Nevada rendus radioactifs.

De la même manière il fallait que les US ne soient pas accusés de crimes contre l’humanité pour avoir sacrifié les populations d’Hiroshima et Nagasaki. On sait maintenant qu’il a fallu prolonger la guerre et retarder la capitulation du Japon pour avoir le temps d’expérimenter cruellement in situ l’efficacité de cette nouvelle arme montrant la supériorité des USA dans la guerre froide amorcée. L’occupant américain a interdit tout accès journalistique ou scientifique étranger sur les sites martyrs et il a confisqué tous les témoignages japonais. Il fallait prétendre qu’il n’y avait pas de dangerosité durable une fois les bombes atomiques explosées !

(voir l’excellent livre de Jean-Marc Royer « Le monde comme projet Manhattan », le Passager Clandestin 2017. L’auteur développe les racines du négationnisme nucléaire avec toutes ses horreurs telles que l’évocation des 9’000 cobayes humains, ou la gestion criminelle post Hiroshima et Nagasaki. De plus il relie cette barbarie du mépris de la vie humaine à celle qui s’est imposée à notre époque).

De nos jours la même stratégie continue. Ainsi,

– Officiellement, Tchernobyl n’aurait fait qu’un nombre limité de victimes, suivant les sources, de quelques dizaines à quelque milliers passant sous silence le calvaire des centaines de milliers de liquidateurs et la contamination des populations voisines. Mais une équipe de l’Académie de médecine de New York, compilant en 2010, quelque 5’000 documents d’URSS ont estimé à près d’un million le nombre de morts….

– A la demande de députés écologiques européens, un cabinet d’étude, le CERI,* a évalué la mortalité liée au nucléaire à 61 millions de victimes, et c’était en 2003. Combien aujourd’hui car l’épidémie de cancers et leucémies sensible depuis les années 60 et 70 perdure, épidémie liée essentiellement au nucléaire militaire et civil, et à la chimie (pesticides auxquels s’attaque le mouvement des « Coquelicots »). Dans leur travail les experts du CERI ont pris en compte non seulement la mortalité directe, mais aussi les dégâts sur la santé dus à de

faibles et même de très faibles doses de contamination et leur transmissibilité aux générations suivantes scientifiquement prouvée.

– Enfin, le public sait-il qu’après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, les populations sont contraintes de vivre en zone contaminée. La dangerosité étant niée, il leur est refusé que soient distribués les soins qui pourraient alléger les souffrances, celle des enfants en particulier (c’est le programme « Ethos/Core** »).

En effet pour les nucléocrates, vivre dans le « jardin nucléaire » est un
« challenge » bénéfique, c’est la peur du nucléaire, la nucléophobie, qui rend tout le monde malade! Pas question donc de soigner tous les enfants accablés de maladies de vieux (4 enfants sur 5 des zones contaminées) puisque c’est psychologique : ils ressentent l’angoisse des parents. Seuls les militants de l’institut Belrad, soutenus par l’ETB*, ayant établi un lien direct entre la contamination par le Césium 137, et les atteintes à la santé s’obstinent à proposer des cures de pectine. Mais cet institut est asphyxié, neutralisé, on lui retire les moyens de travailler, l’horreur nucléaire ne tolère pas la vérité…

A ces manœuvres on trouve nos nucléocrates investis de responsabilités nationales et internationales, Jacques Lochard récemment décédé, et Gilles Dubreuil de Mutadis Consultant. Leurs actions criminelles sont faites en notre nom.

Le négationisme évite la prise de conscience et voila pourquoi nous n’entendons pas davantage parler du risque de catastrophe nucléaire qu’elle soit d’origine militaire ou civile. Et pourtant nous sommes menacés par des équipements vieillissants, équipés de pièces défectueuses, entretenus avec des budgets réduits impliquant la sous-traitance.

Mais les partis de gouvernement, les grands médias, s’en remettent à nos
« experts » du Corps des Mines chargés depuis de Gaulle de promouvoir le nucléaire militaire et donc aussi son utilisation civile au nom de la « grandeur de la France», quel qu’en soit le prix et les conséquences pour la population. Ne resterait-il à la France que les industries liées à la guerre, avec aussi la vente d’armes aux dictatures ?

Il apparaît alors une grande différence entre la prise de conscience du risque climatique et celle du risque nucléaire occulté: Le risque climatique est largement médiatisé et bien pris en charge par les écologistes associatifs et politiques. Rien de comparable pour dénoncer les mensonges et les horreurs du nucléaire civil et militaire, cette tâche incombe aux groupes spécifiquement antinucléaires qui n’accèdent pas aux grands médias et peinent à toucher un large public au-delà des cercles militants.

Et pendant que l’opinion se focalise sur le climat, l’Etat peut consacrer au sauvetage du nucléaire des sommes considérables sans pour autant engager les mesures nécessaires à la réduction de la pollution atmosphérique.

Ainsi 8 milliards d’euros ont été engagés pour sauver Areva (devenue Orano) et EDF de la faillite, et ce en plus des budgets consacrés annuellement au nucléaire (force de frappe pour laquelle un plan pluriannuel vient de prévoir 35 milliards pour la rajeunir, gestion des déchets, recherches du CEA, construction d’ITER….). La « grandeur de la France » et notre siège au Conseil de Sécurité, justifient-ils ces énormes sacrifices ?

Au nom du « rayonnement de la France » (voir le livre de Gabrielle Hecht, éd. Amsterdam, 2014) seule la France s’obstine dans la politique de l’électricité nucléaire et de l’armement atomique, se gardant bien de consulter la population. Dans les pays voisins, des processus démocratiques ont permis un désengagement au bénéfice des renouvelables.

Au niveau mondial le déclin de cette technologie obsolète est largement amorcé**, elle n’assure plus que 2 % de l’énergie totale utilisée. Même la Chine développe beaucoup plus le solaire et l’éolien que le nucléaire.

Face à la barbarie du nucléaire et en dépit de son négationnisme comment sensibiliser le public et l’amener à exiger :

– L’arrêt du nucléaire civil qui ne sert finalement qu’à faire bouillir de l’eau pour produire de l’électricité,

– La destruction de l’armement nucléaire, dont l’horrible perspective de son utilisation, la guerre nucléaire est humainement insupportable.

* GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

CERI, Comité Européen sur le Risque de l’Irradiation, recommandations 2003.

ETB, Enfants Tchernobyl Belarus, créé par Solange et Michel Fernex après Tchernobyl .

** – https://apag2.wordpress.com/2016/11/21/vivre-dans-le-jardin-nucleaire-avec-ethos-un- crime-contre-lhumanite/

https://apag2.wordpress.com/2017/09/26/un-rapport-sur-le-declin-irreversible-de-lindustrie- nucleaire-a-lechelle-mondiale/

Bibliographie sommaire :

Jean-Luc Pasquinet, Considérations sur l’arrêt de nucléaire et sur la destruction du climat, à paraître 2019.

Thierry Gadault et Hugues Demeude, Nucléaire danger immédiat, Flammarion 2018.

Erwan Benezet, Nucléaire une catastrophe francçaise, Fayard 2018.
Yves Lenoir, La comédie atomique, La découverte 2016.

A. Yablokov, V. Nesterenko, A. Nesterenko, Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment, Annal of the New York Academy of Sciences, 2010.