ALERTE ! Crime contre les pollinisateurs à Bruxelles !

(Source : http://www.pollinis.org)

7 février 2019

 

Madame, Monsieur,

Le 24 janvier 2018, après 5 années de lobbying intensif des multinationales de l’agrochimie, les ministères de l’Agriculture des 28 pays européens réunis à huis-clos, sans caméra ni compte-rendu des débats et des votes…

 

…ont décidé dans l’opacité la plus totale d’enterrer les nouvelles procédures d’autorisation des pesticides qui auraient permis d’enrayer rapidement – de façon simple et concrète – le déclin dramatique des abeilles et autres insectes pollinisateurs essentiels partout en Europe.

Alerte !!

Un véritable crime contre les pollinisateurs vient d’être commis à Bruxelles – un scandale sans nom qui menace le socle même sur lequel repose l’ensemble des écosystèmes – et appelle une mobilisation immédiate et massive de tous les citoyens européens.

 

S’il vous plaît, mobilisez-vous d’urgence et alertez vos proches !

https://infos.pollinis.org/index.php?option=com_acymailing&ctrl=url&subid=797395&urlid=5785&uuid=c5b1d20f919271c5dec08030f5aba7d5&mailid=934

Proposée en 2013 par l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), cette réforme fondamentale – indispensable ! – aurait permis de mettre un terme au scandaleux système d’homologation actuel, qui refuse délibérément d’évaluer les effets réels des pesticides dernière génération sur les pollinisateurs et l’ensemble du vivant

Pour garantir les profits colossaux des géants de l’agrochimie, avec l’appui complaisant des autorités politiques et sanitaires censées les contrôler !

Cette décision irresponsable, criminelle même, a été prise sans aucun contrôle démocratique, sans argument, et sans plan B…

Elle compromet non seulement la survie des abeilles et des autres insectes pollinisateurs essentiels… mais aussi la survie de toute la chaîne alimentaire.

Il reste encore un moyen de contourner ce verrouillage intolérable des lobbys à Bruxelles, mais il faut agir vite: c’est pourquoi POLLINIS sonne l’alerte, et que je vous demande de diffuser massivement ce message pour informer et rallier en un temps record un maximum de personnes, en France et en Europe, pour constituer ensemble une force de barrage suffisamment puissante pour contrecarrer l’influence des lobbies agrochimiques.

Nous avons toutes les chances de réussir à obtenir, en France, l’adoption de ces tests-abeilles salutaires, malgré le blocage de Bruxelles : les autorités sanitaires françaises viennent de se ranger de notre côté! Mais la fenêtre de tir est très étroite, et nous avons peu de temps pour nous engouffrer dans la brèche avant qu’elle ne se referme.

Déjà, les lobbies de l’agrochimie sont en ordre de bataille pour faire pression dans les ministères, et s’assurer que les tests qui pourraient préserver des millions d’abeilles et de pollinisateurs sauvages à l’avenir ne soient jamais mis en application.

S’il vous plaît, aidez-nous à intensifier la pression sur les ministres français : plus de 100 000 personnes se sont déjà mobilisées, comme vous, pour exiger l’adoption immédiate des « nouveaux tests abeilles » en France, et dans tous les pays européens… Pour qu’aucun pesticide tueur-d’abeilles ne soit plus JAMAIS autorisé dans aucun pays européen et pour garantir la survie des pollinisateurs et des organismes vivants qui en dépendent.

Je fais appel à vous de nouveau, et de toute urgence, pour vous demander de transférer ce message d’alerte à l’ensemble de vos contacts : famille, amis, collègues… Nous sommes tous concernés par le déclin irrémédiable des pollinisateurs !

Et chaque participation supplémentaire à notre mobilisation sera autant de poids en notre faveur dans la balance face aux lobbies.

Il faut faire vite, c’est l’avenir même du vivant qui est en jeu. Ce n’est pas trop fort de le dire.

75 à 80% des insectes volants ont déjà disparu des zones officiellement protégées d’Allemagne au cours des 30 dernières années (des zones qu’on pensait jusqu’ici à l’abri, comme des parcs nationaux !).

Ces chiffres doivent être généralisés à l’ensemble des pays européens, d’après les chercheurs qui ont mené l’étude.

Derrière le drame bien connu des pertes d’abeilles domestiques se profile un déclin spectaculaire de tous les types d’insectes pollinisateurs européens : soit plus de 2000 espèces d’abeilles sauvages, bourdons, papillons, syrphes, etc. qui assurent la reproduction et la survie de 78% des variétés de plantes à fleurs et d’arbres de nos territoires…

…et de 84% des espèces que nous cultivons pour notre alimentation.

Les effets en chaîne de cette extinction spectaculaire se font déjà sentir à travers nos pays :

En France, 1/3 des populations d’oiseaux a disparu des zones rurales ces 15 dernières années et pour cause, ils n’ont plus d’insectes pour se nourrir – d’après une étude conjointe du MNHN et du CNRS, publiée en 2018.

Une écrasante majorité des chercheurs à travers le monde soupçonne aujourd’hui fortement les pesticides dernières générations, commercialisés depuis la fin des années 1990, d’être responsables de ce massacre catastrophique perpétré dans un silence assourdissant.

Ils sont présents partout aujourd’hui en quantités industrielles dans notre environnement, dans les champs, les forêts, les sols (83 % des sols européens contiennent des pesticides selon une nouvelle étude), les cours d’eau et les nappes phréatiques… jusque dans nos assiettes et dans l’air que nous respirons !

Tous ces produits aux modes d’action ultra-sophistiqués, et aux effets redoutables pour les abeilles, les pollinisateurs et l’environnement, ont été autorisés à la vente sur la base de tests complètement obsolètes, établis il y a plusieurs dizaines d’années pour des produits aux modes d’action très différents :  les tests censés évaluer l’impact de ces nouveaux pesticides sur les pollinisateurs et l’environnement, ne sont tout simplement pas adaptés aux modes d’actions ultra-complexes des nouvelles molécules, et sont incapables de mesurer leurs effets délétères sur les abeilles et les pollinisateurs.

De l’aveu même de l’industrie agrochimique, 15 % seulement des effets connus des pesticides sur les pollinisateurs, étudiés par les scientifiques du monde entier… seraient aujourd’hui testés avant d’autoriser la vente d’un nouveau produit.

En réalité, si l’on ajoute à cela tous les effets dûs aux mélanges des produits chimiques dans la nature, les effets synergiques, les effets cocktails, les effets sublétaux, perturbateurs endocriniens, épigénétiques et transmissibles de génération en génération… on peut dire que les tests requis aujourd’hui ignorent délibérément l’impact des pesticides sur les abeilles et l’environnement.

Et chaque année on découvre de nouveaux problèmes, de nouvelles menaces pour les pollinisateurs.

Comment pourrait-il en être autrement ?

Pour protéger les cultures face à des insectes, des moisissures ou des champignons de plus en plus résistants aux produits censés les éradiquer (comme les bactéries qui deviennent résistantes aux antibiotiques), les pesticides sont devenus de véritables bombes chimiques à retardement dont les scientifiques ne maîtrisent pas les effets terriblement subtils et la toxicité effarante :

Les néonicotinoïdes, les fameux insecticides « tueurs-d’abeilles » qui viennent d’être interdits en France, sont à dose égale entre 1000 et 7000 fois plus toxiques pour les abeilles que les précédentes générations de pesticides !

Il existe pourtant en France, en Europe et à travers le monde des façons de se passer de pesticides pour produire la nourriture dont le monde a besoin. Les alternatives existent et se développent, elles méritent un meilleur accompagnement, mais des études montrent aujourd’hui qu’on peut nourrir l’Europe et le monde sans pesticides. La sortie des intrants chimiques représente une économie pour les agriculteurs, leur santé et pour la société qui dépense chaque année entre 260 et 360 milliards d’euros pour dépolluer l’eau !

Mais, parce qu’elles refusent qu’on abandonne le « tout pesticides » qui leur assure des centaines de millions, voire de milliards d’euros annuels de chiffre d’affaires, les multinationales de l’agrochimie vont chercher des solutions qu’elles n’auraient jamais osé imaginer par le passé…

Avec les conséquences sur les abeilles, les pollinisateurs et l’ensemble de la biodiversité qu’on connaît bien aujourd’hui.

Pour essayer de pallier ces nouveaux risques majeurs posés par des produits déversés en grandes quantités dans notre environnement, sans avoir été testés véritablement, l’EFSA, l’autorité sanitaire européenne, a réuni les meilleurs spécialistes européens pour établir de nouveaux tests capables de déterminer si ou oui non un nouveau pesticide, une nouvelle molécule chimique, est susceptible de décimer les pollinisateurs… AVANT d’être vendu partout en Europe.

Le document qui est sorti en 2013, connu sous le nom de « Bee Guidance Document », a provoqué un tremblement de terre parmi les multinationales de l’agrochimie (Bayer, BASF, Dow Chemical, Syngenta…)

Les « tests abeilles » mettraient un terme à leur impunité : la vaste majorité de leurs produits ne pourraient plus être autorisés. Des centaines de millions d’euros par an, perdus…

Les firmes industrielles ont donc déclenché une tempête de lobbying auprès des représentants des pays européens, qui ont le pouvoir de faire autoriser les « tests abeilles » en Europe.

En juillet 2013, le comité bruxellois réunissant les représentants des Ministères de l’Agriculture européens – le SCoPAFF – prenait la décision de ne pas autoriser les « tests abeilles » jusqu’à nouvel ordre, cédant sans justification et sans aucune contrepartie aux exigences de l’agrochimie.

Depuis, les « tests abeilles » ont été mis plus de vingt fois à l’ordre du jour, et chaque fois, ils ont été enterrés.

Mais il nous reste un espoir.

La Belgique, consciente de la gravité de la situation, a décidé d’appliquer les « tests abeilles » au niveau national.

Elle vient de prouver, non seulement que ces nouvelles procédures sont réalisables, contrairement à ce que veut faire croire l’agrochimie, mais aussi qu’un pays peut les imposer sans attendre la validation de l’Europe !

Les citoyens de tous les pays européens doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils mettent en place les recommandations des scientifiques pour évaluer les risques réels pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages !

En France, l’ANSES, l’autorité sanitaire chargée d’évaluer la dangerosité des substances chimiques pour l’environnement et la santé, vient de publier un rapport dans lequel elle préconise, elle aussi, l’adoption des tests-abeilles au niveau national.

Ce rapport a été un véritable pavé dans la mare, et a sonné le début d’un bras de fer d’une force spectaculaire entre les défenseurs de l’abeille et de la nature, et les entreprises agrochimiques qui ont tout à perdre dans ce combat.

L’énergie que vont déployer leurs lobbies dans les semaines qui viennent va être considérable : pressions dans les ministères, chantages aux délocalisations et licenciements, arguments agronomiques dépassés…

Si les citoyens ne se mobilisent pas immédiatement, et massivement, pour faire contrepoids et peser plus lourd dans la balance que leurs milliards de profits, alors ils réussiront sûrement à saboter ce qui était un espoir inouï de pouvoir enfin protéger les abeilles face aux pesticides qui les déciment.

S’il vous plaît, transférez cet email ultra-massivement autour de vous pour faire éclater le scandale, et demandez à vos proches de rejoindre eux aussi la mobilisation, pour faire pression tous ensemble sur les ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, en France. Ce sont eux qui auront le dernier mot sur la mise en place, ou non, de tests abeilles qui permettent vraiment leur préservation. Et transmettez ce message massivement autour de vous pour faire éclater le scandale et rallier le maximum de citoyens.

Aidez-nous à contrer le pouvoir des lobbies au niveau européen, en obligeant la France à adopter les tests abeilles avant de pouvoir autoriser la vente d’un nouveau pesticide sur son territoire. En obtenant une victoire retentissante en France, bastion de l’agriculture conventionnelle et du « tout chimique », pour sauver les pollinisateurs.

1/ Demandez à vos contacts de signer la pétition en cliquant ici

2/ Dites-leur bien qu’il est important qu’ils transfèrent ce message à leur tour, pour que l’information se répande comme une trainée de poudre en France et en Europe, et que la mobilisation prenne rapidement une ampleur exceptionnelle

Merci par avance pour votre action.

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général

Pour accéder à la pétition, cliquez ici

Références :

Guidance document (Gd) on the risk Assessment of plant protection products on bees (Apis melliferaBombus spp. and solitary bees) EFSA Journal 2013;11(7):3295

Décision de refus d’accès aux documents concernant le vote du ScoPAFF, DG SANTE 4 mai 2018

Bee Guidance Document and Practical Approach, ECPA 2017 « En pratique, cela voudrait dire que même en ne prennant en compte que les abeilles à miel, 77% de toutes les substances ne passeraient pas les tests du tier 1 et nécessiteraient des études des tiers supérieurs, qui demandent beaucoup de ressources »

Documents de l’ECPA, principal représentant d’intérêts de l’industrie phytosanitaire auprès de l’UE, en préparation des réunions du ScoPAFF :

•   22-23 Mars 2017

•   12-13 décembre 2018

AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à l’évolution des dispositions réglementaires visant à protéger les abeilles domestiques et les insectes pollinisateurs sauvages, ANSES 23 novembre 2018

Miles, M., et al. (2018). « Improving pesticide regulation by use of impact analysis: A case study for bees. » Julius-Kühn-Archiv 462: 86-90.

« Risk Assesment of Pesticides on Pollinators in Europe : Obsolete Procedures and Conflicts of Interest », POLLINIS 2018

« Impact des pesticides sur les pollinisateurs en Europe : La France doit réformer de toute urgence son système d’évaluation », POLLINIS 2018

Argumentaire au soutien de la saisine du Médiateur Européen, POLLINIS 2018

Sur les alternatives et la pollution agricole, voir :

Une Europe agroécologique en 2050 : une agriculture multifonctionnelle pour une alimentation saine, Xavier Poux, Pierre-Marie Aubert, IDDRI 2018

Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture, Muller et al. Nature communications 2017

Les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires : coûts et solutions, COMMISSARIAT GÉNÉRAL AU DÉVELOPPEMENT DURABLE 2015

 

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Pour l’adoption des #TestsAbeilles qui permettent de préserver les pollinisateurs et l’ensemble de la chaîne alimentaire face aux pesticides les plus toxiques

Pétition à

Monsieur Didier Guillaume, Ministre de l’Agriculture

Monsieur François de Rugy, Ministre de la Transition écologique

 

Messieurs les ministres, 

Attendu que les abeilles et les pollinisateurs sauvages disparaissent à un rythme alarmant, mettant en péril l’ensemble de la chaîne alimentaire ainsi que l’avenir de nos productions agricoles et que les scientifiques du monde entier s’accordent sur le rôle déterminant des pesticides dans cette hécatombe ;

Attendu que de l’aveu même des entreprises de l’agrochimie, moins de 15% des effets connus des pesticides sur les pollinisateurs sont aujourd’hui testés avant d’autoriser la vente d’un produit sur le marché européen, et que les autorité sanitaires, dans la procédure d’autorisation des substances chimiques, ne prennent pas en compte les études qui démontrent de nouveaux effets délétères ;

Attendu que pour pallier ces lacunes gravissimes, qui mettent en danger les pollinisateurs, l’environnement et notre sécurité alimentaire, l’EFSA (l’autorité sanitaire européenne), mandatée par la Commission européenne, a publié dès 2013 les recommandations d’une trentaine d’experts pour l’élaboration de nouveaux « tests abeilles » permettant d’évaluer véritablement l’impact des nouveaux pesticides et de mieux protéger les pollinisateurs ;

Attendu que ces recommandations ont été frontalement attaquées par les lobbies des firmes agrochimiques et rejetées à plusieurs reprises par un vote collégial des représentants des Etats membres réunis en comité, mais que l’ANSES, l’autorité sanitaire française, dans son avis du 23 novembre 2018 préconise leur application en France ;

Nous, citoyens français et européens, soucieux de préserver les pollinisateurs, l’environnement et le système alimentaire que nous lèguerons aux futures générations, vous exhortons à : Nous, citoyens français et européens, soucieux de préserver les pollinisateurs, l’environnement et le système alimentaire que nous lèguerons aux futures générations, vous exhortons à :

Nous, citoyens français et européens, soucieux de préserver les pollinisateurs, l’environnement et le système alimentaire que nous lèguerons aux futures générations, vous exhortons à :

–  Adopter de toute urgence en France les « tests abeilles », comme le demande l’ANSES et comme la Belgique vient de le faire au niveau national ;

– Voter au niveau européen en faveur de l’adoption de l’intégralité des recommandations scientifiques de l’EFSA concernant les pollinisateurs et encourager fortement l’ensemble des pays européens à agir dans ce sens.

 

Nous garantissons une totale confidentialité de vos données personnelles

Vos coordonnées sont enregistrées dans le but de valider votre signature, et vous tenir au courant des suites de cette action et d’actions similaires menées par POLLINIS. es données que vous nous transmettez sont protégées, et ne seront ni échangées avec des organismes tiers, ni commercialisées à votre insu.

 

 

Saisons chamboulées…

par Blaireau

 

Des saisons chamboulées[1], des températures en Europe inhabituelles[2], bref un réchauffement climatique qui se « normalise »[3].

Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Certaines espèces s’y adaptent, d’autres n’en réchapperont probablement pas, d’autres encore y verront une aubaine.

Face à ces évolutions, comment l’humanité doit-elle se comporter. Des effets d’annonce à l’action, le chemin est encore long et l’Accord de Paris aujourd’hui interpelle à la fois sur sa portée et sur sa légitimité :

  • 1,5°- 2° C de plus ou de moins « en moyenne», diront certains, quelle importance dans notre quotidien au regard des amplitudes vécues ces derniers mois et d’abord de quelle moyenne s’agit-il ? Les rythmes et les amplitudes ne sont-ils pas encore plus difficiles à vivre ?
  • ne serait-ce pas en fait un impératif éthéré, une promesse qui n’engage que ceux qui la reçoive ; faut-il réellement voir dans cet accord unissant les nations, un seul et même objectif ? Un Ministre disait encore tout récemment sur les média radiophoniques, que les Nations Unies ne l’avaient jamais été si peu … Ils le prouvent bien à cette occasion.

 

 

[1] http://science.sciencemag.org/content/361/6399/eaas8806

[2] https://www.worldweatherattribution.org/attribution-of-the-2018-heat-in-northern-europe/

[3] http://www.noaa.gov/news/2017-was-one-of-three-warmest-years-on-record-international-report-confirms

Comment conjurer le réchauffement climatique ?

Ivo Rens

Automne 2018

 

Dans les milieux des sciences de la Terre, on sait depuis les années 1960, grâce à la courbe de Keeling, que la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique (CO2) croît constamment. On savait depuis un certain temps que le gaz carbonique atmosphérique comportait un effet de serre. On savait aussi que d’autres gaz, à commencer par le méthane y contribuaient aussi, mais dans de moindres proportions.

Dans les années 1980, s’imposa l’idée que la température atmosphérique moyenne du globe terrestre augmentait. C’est toutefois avec une grande prudence que le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988, estima, dans son deuxième rapport, en 1995, que “l’évolution du climat depuis un siècle s’explique mieux en tenant compte d’une influence anthropique, et que cette évolution n’est vraisemblablement pas d’origine naturelle”.

Entretemps, au “sommet de la Terre” à Rio de Janeiro en 1992, avait été adoptée la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Relevons que ce texte fut négocié en anglais et que la version anglaise de cet instrument de droit international public parle du “changement climatique” au singulier, ce qui est autrement inquiétant que le pluriel français connotant d’inévitables changements climatiques !

D’où, chez certains scientifiques, la hantise d’un emballement du réchauffement climatique qui, à terme, pourrait rendre la Terre inhabitable, voire la condamner au sort infernal de Vénus. Cette inquiétude est à l’origine du Protocole de Kyoto à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Ce protocole visait à réduire, entre 2008 et 2012, d’au moins 5% par rapport au niveau de 1990 les émissions de gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote et trois substituts des chlorofluorocarbones.

Dans les milieux environnementalistes, au tout début du XXIe siècle, se fit jour l’idée que, pour s’opposer au réchauffement climatique, il ne suffirait pas de freiner la combustion d’énergies fossiles, grande génératrice de CO2, mais qu’il faudrait aussi entreprendre de séquestrer le gaz carbonique atmosphérique.

En dépit de quelques notabilités climatosceptiques, des scientifiques et des militants écologistes de plusieurs pays explorèrent des moyens d’action pour activer la séquestration du CO2 dans les sols.

C’est dans ce contexte que fut officiellement lancée par la France, le 1er décembre 2015, en marge de la COP21, la 21e conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques signée à Rio en 1992, l’Initiative dite 4 pour 1000.

Cette Initiative vise à organiser mondialement l’accroissement de la fixation du carbone atmosphérique dans les sols par la photosynthèse à raison de 0,4%, soit 4 pour 1000 par an, ce qui permettrait de stopper l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines.

Mais pareille entreprise est-elle compatible avec le développement de l’agroécologie ? Et postule-t-elle la poursuite de l’industrialisation de l’agriculture ? Ce sont là quelques-unes des questions que soulève le document “Initiative 4 pour 1000 : Soyons vigilants !” que publia en 2015 également la Coordination Sud, organisation faîtière des ONG françaises de solidarité internationale créée en 1994. En réalité, ce sont deux composantes de la Coordination Sud, la Commission Climat et Développement et la Commission Agriculture et Alimentation qui ont rédigé cette prise de position que nous croyons utile de présenter à nos lecteurs.

 

 

 

INITIATIVE « 4 POUR 1000 » : SOYONS VIGILANTS !

Coordination SUD (Solidarité Urgence Développement)

Source : https://www.avsf.org/public/posts/1894/note_4-pour-1000-soyons-vigilants_coordination_sud_octobre2015.pdf

 

Alors que les sols font traditionnellement figure de grands absents des politiques publiques, ils suscitent un intérêt croissant ces derniers mois. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a décidé de proclamer 2015 comme étant l’année internationale des sols, et ils sont aujourd’hui au centre d’une initiative lancée par la France et combinant deux thématiques à l’actualité majeure : l’agriculture et le climat. Le secteur agricole est l’un des principaux secteurs responsables des changements climatiques1 mais il est aussi fortement touché par ses impacts. Fortes d’une expérience de longue date sur la question de l’agroécologie et des sols, les organisations de la société civile se félicitent de l’intérêt grandissant porté à ces enjeux. Trop longtemps mis de côté dans les négociations climat, ils doivent être élevés au rang des priorités lors de la COP21.

Au mois de mars, le ministre de l’Agriculture français exposait l’initiative « 4 pour 1000 » dans le cadre de la Conférence scientifique internationale « Agriculture intelligente face au climat » à Montpellier. Une plaquette2, publiée par le ministère, présente une initiative qui place l’agriculture au cœur des enjeux climatiques, pas seulement en tant que secteur touché par les changements climatiques et secteur émetteur de gaz à effet de serre, mais aussi comme faisant partie de la solution en termes d’atténuation. Elle inscrit également l’initiative « 4 pour 1000 » dans l’Agenda des solutions3 porté par les présidences française et péruvienne des COP20 & 21 et le Secrétariat général des Nations unies, malgré les incertitudes qu’elle comporte à ce stade.

Objectif de l’initiative

Allier sécurité alimentaire et lutte contre les changements climatiques

En 2015, 795 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde4 et d’ici à 2080, jusqu’à 600 millions de personnes supplémentaires pourraient être en état de sous-alimentation en raison des changements climatiques5. Ceux-ci affectent les rendements agricoles et l’élevage, la qualité nutritionnelle des denrées alimentaires, la qualité de l’eau, mais aussi la qualité des sols agricoles déjà menacés et atteints, pour une grande partie d’entre eux, par la dégradation. Cette situation a des conséquences majeures sur la sécurité alimentaire et la santé des populations. Les groupes les plus vulnérables, dont les paysans des zones tropicales et équatoriales, sont les premiers touchés par les effets négatifs des dérèglements climatiques.

L’initiative « 4 pour 1000 » vise à améliorer la teneur en matière organique et encourager la séquestration de carbone dans les sols, à travers la mise en œuvre de pratiques agricoles adaptées aux conditions locales. Elle se fonde sur les résultats de plusieurs années de recherche scientifique de différents instituts parmi lesquels, au niveau français, l’INRA, le CIRAD et l’IRD. Elle s’appuie sur l’existence d’un lien direct entre le captage du CO2 par les plantes, le stockage de carbone sous forme de matière organique dans les sols et l’amélioration de leur fertilité. Il s’en suit un accroissement durable des rendements et de leur régularité. En effet, lorsque le couvert végétal capte du gaz carbonique, séquestre le carbone dans la biomasse et libère l’oxygène au moyen de la photosynthèse, le carbone devient un constitutif de la matière organique végétale. Quand la plante meurt et se dégrade, ou lorsque des amendements organiques extérieurs sont enfouis dans les sols (fumier, compost), le carbone de la matière organique est stocké dans l’humus du sol dont la fertilité est alors améliorée, notamment grâce à une meilleure rétention en eau et en éléments minéraux.

TABLEAU 1
 
L’importance d’une augmentation de la teneur en matière organique des sols pour l’agroécologie
 
L’augmentation de la teneur organique des sols constitue un des grands fondements de l’agroécologie dans la mesure où elle permet une diminution des doses d’engrais et de pesticides, mais contribue aussi à maintenir l’humidité des sols, à entretenir la biodiversité et à lutter contre l’érosion. L’agroécologie participe donc de manière significative à l’adaptation aux changements climatiques des systèmes agricoles et des populations qui en dépendent. En augmentant la production végétale (enherbement, couvert végétal, agroforesterie, etc.) ou le retour au sol des matières organiques (épandage d’effluents et de compost, restitution des résidus de culture, etc.), l’agroécologie dispose de pratiques variées pour favoriser le stockage de carbone dans les sols.

 

Comme énoncé par le secrétaire général des Nations unies, le stock de carbone des sols étant 2 à 3 fois plus important que celui de l’atmosphère, augmenter la teneur en carbone des sols de 0,4% (soit 4 pour 1000) par an permettrait d’absorber l’ensemble des émissions nettes actuelles de CO2 6. L’initiative « 4 pour 1000 » vise donc à accroître la matière organique dans les sols et à restaurer les sols dégradés, valorisant ainsi le potentiel « puits de carbone » des systèmes agricoles et forestiers. Cette augmentation du stock de carbone dans les sols peut se faire à travers une grande variété de techniques agricoles et forestières : augmentation du couvert végétal via les associations de cultures, agroécologie, agroforesterie, techniques culturales simplifiées, zéro labour, etc.

Les scientifiques ne limitent pas leurs travaux aux seuls sols agricoles : le processus est aussi étudié pour les sols forestiers par exemple. Cependant, le ministre de l’Agriculture a, pour sa part, présenté une initiative résolument tournée vers les terres agricoles7 (soit environ 10 % des terres concernées) a n que puissent être conciliés et rendus complémentaires trois objectifs essentiels : la sécurité alimentaire, l’adaptation des systèmes alimentaires aux dérèglements climatiques et l’atténuation des émissions anthropiques. Peu documenté et étayé, le lien entre séquestration de carbone dans les sols et amélioration de la sécurité alimentaire n’apparaît pas de façon assez claire dans l’initiative. La hausse des rendements agricoles mise en avant dans le « 4 pour 1000 » ne suffit pas à conclure à une amélioration de la sécurité alimentaire (en particulier pour le pilier lié à l’accès). Si l’émergence de concepts cherchant à réconcilier climat et agriculture apparaît comme une avancée positive, un certain nombre de garde- fous demeure indispensable pour en assurer une réelle efficacité et se prémunir des impacts négatifs possibles.

Les points d’attention et risques de l’initiative

L’urgence de conditionner le « 4 pour 1000 » par des garanties fortes

De par son caractère transversal, la question des sols et de la sécurité alimentaire doit être un enjeu central de la lutte contre les changements climatiques. Pour autant, l’initiative « 4 pour 1000 » pose un certain nombre de questions auxquelles il s’agit d’apporter des réponses claires et cohérentes.

Le « 4 pour 1000 » ne doit pas retarder des engagements forts sur la réduction des émissions de GES

Entre secteurs d’activités

Stocker plus de carbone dans les sols ne doit pas être compris comme un permis à émettre autant ou plus pour les autres secteurs d’activité humaine. En présentant le « 4 pour 1000 » comme un vaste mécanisme de compensation des émissions, certains acteurs économiques risquent de s’engouffrer dans une brèche qui leur permettrait de se contenter de maintenir leur niveau d’émissions dans leurs secteurs d’activité, tout en finançant des programmes de restauration des sols dans les pays du Sud pour obtenir un résultat d’émissions net proche de zéro (concept de « zero net emissions8 »). Cette approche compensatrice doit être d’autant plus relativisée qu’il existe des limites intrinsèques à la séquestration de carbone dans les sols, liées à la non-permanence et à la réversibilité9. Il s’agit donc en priorité de diminuer les émissions de GES dans chaque secteur d’activité et ce, avant tout, à niveau national.

Au sein du secteur agricole

Quand bien même les capacités de stockage du sol seraient actuellement largement sous-exploitées, il ne faudrait pas qu’une focalisation sur le seul carbone du sol empêche une remise en cause plus globale du modèle d’agriculture et du système alimentaire productivistes. Ceux-ci contribuent, en effet, d’une façon importante au réchauffement climatique, à la fois en amont et en aval de la production (sur-transformation des produits, emballages excessifs, transport, déchets et gaspillages alimentaires, surconsommation).

Par ailleurs, en favorisant un stockage accru de carbone dans les sols, l’initiative « 4 pour 1000 » ne permet pas de répondre au dé de la réduction des émissions du secteur agricole dans la mesure où celui-ci contribue au réchauffement climatique essentiellement par le biais d’émissions de méthane (CH4), de protoxyde d’azote (N2O)10 et de dioxyde de carbone non-émis par les sols (production d’engrais, machines agricoles, transport).

L’agroécologie et l’agriculture familiale locale : des leviers à prioriser

Tous les modèles agricoles ne contribuent pas de manière égale aux changements climatiques. L’agriculture industrielle est, ainsi, fortement émettrice alors que les agricultures familiales paysannes11 le sont beaucoup moins, tout en étant les plus résilientes face aux impacts des changements climatiques. Les agricultures paysannes devraient être les premières bénéficiaires de l’initiative car elles ont fondamentalement intérêt à prendre soin des sols qu’elles cultivent. Cependant, parce qu’elles n’ont souvent pas les moyens de le faire, elles risquent paradoxalement d’être exclues de l’initiative si tout n’est pas fait pour les protéger (de la concurrence de produits importés à bas prix ou de processus d’accaparement des terres), les soutenir activement à l’échelle qui est la leur. Dans le même temps, certains modèles et pratiques d’acteurs économiques et financiers pourraient être promus par l’initiative du seul fait de leur impact sur le carbone des sols, alors même qu’ils pourraient contribuer à exclure des communautés rurales, accaparer des terres, etc. En conséquence, les modèles et pratiques agricoles soutenus dans le cadre de l’initiative doivent être clairement définis au moyen de critères d’exclusion et/ou d’inclusion et favoriser l’agriculture paysanne.

Ceci implique une évolution globale des politiques agricoles afin que l’agroécologie et l’agriculture paysanne et familiale deviennent des priorités. Il importe donc d’associer étroitement les agriculteurs, organisations paysannes et les femmes. Producteurs de 70 % de l’alimentation sur terre, les paysans ont un rôle central à jouer dans la mise en valeur des sols. L’accès à la terre étant inégal entre hommes et femmes12, il est aussi important de travailler sur la participation des femmes et la prise en compte de leur avis dans les institutions qui mettront en œuvre cette initiative et en feront le suivi. Outre les enjeux techniques de la restauration de sols, ce sont surtout les méthodes de mise en œuvre de l’initiative qui restent sans réponse. Comment opérationnaliser l’agroécologie et l’agriculture familiale locale au sein du « 4 pour 1000 » ? Et comment impliquer cette vaste majorité d’agriculteurs dans les pays en développement ?

 

TABLEAU 2
 
Une Initiative susceptible d’être rattachée au concept de Climate-Smart Agriculture
 
A plusieurs reprises, l’Initiative “4 pour mille” a été décrite comme pouvant se référer au concept promu par un certain nombres d’acteurs internationaux dont la FAO sous le nom de Climate-Smart Agriculture. Celui-ci serait fondé sur la mise en œuvre de trois pilliers, à savoir : l’augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles, le renforcement de la résilience aux changements climatiques et la réduction des émissions où cela est possible. A cet égard, et sans même qu’ait été défini précisément le concept de Climate-Smart Agriculture, une Alliance globale internationale dédiée à cette agriculture “climato-intelligente” a été lancée en septembre 2014. Sa composition nourrit d’importants doutes sur ses intentions et le concept est désormais repris par des entreprises climato-incompatibles pour légitimer leurs actions. 13 Relier le “4 pour 1000” à la Climate-Smart Agriculture, c’est prendre le risque de l’entraîner dans les mêmes ornières avec deux dangers principaux : celui de lui faire perdre toute substance et celui de mettre en oeuvre des actions qui ne contribueraient pas réellement au double objectif de lutte contre les changements climatiques et d’amélioration de la sécurité alimentaire.

 

Identification des terres : l’indispensable protection des droits fonciers.

Insuffler un programme mondial de valorisation et de restauration des sols implique une réflexion approfondie sur les problématiques liées au foncier. Sources de tension entre les communautés locales, les Etats et les entreprises, la situation des terres fait souvent l’objet de con its implicites ou explicites intenses. L’identification de terres pouvant faire l’objet d’un financement « 4 pour 1000 » est un préalable indispensable : elle devra permettre à la fois d’appréhender avec plus de précisions les risques éventuels de spéculation ou d’accaparement des terres et de sécuriser les droits fonciers existants.

En effet, l’annonce faite de millions d’hectares à restaurer sur des terres dites « inutilisées » est susceptible de créer un appel d’air auprès d’acteurs de l’accaparement des terres, appel d’air qui serait particulièrement dangereux pour les communautés locales, pour qui les terres dégradées conservent une utilité (cueillette, activités pastorales, etc.). L’application des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers (2012) ainsi que du Principe de consentement libre, informé et préalable (CLIP) devront constituer un prérequis primordial.

Un choix des mécanismes fonciers déterminants

Il subsiste un flou important sur les méthodes de financement de cette initiative. Une grande attention devra être portée sur les choix opérés dans la mesure où les mécanismes financiers de lutte contre les changements climatiques peuvent avoir des conséquences majeures sur les droits fonciers des populations locales et, par extension, sur leur souveraineté alimentaire.

Ces risques sont liés, notamment, aux instruments de marché, susceptibles, s’ils ne sont pas accompagnés de garde-fous robustes, de se transformer en outils de spéculation et de financiarisation de la nature et pouvant mener à des accaparements de terre. L’initiative « 4 pour 1000 » se fonde sur des travaux scientifiques qui cherchent à mesurer le processus de séquestration du carbone dans les sols : en quantifiant ce carbone, une approche basée sur les marchés carbone pourrait faire surface. Déjà expérimentée par la Banque mondiale au Kenya, elle n’a pas fait ses preuves auprès des petits agriculteurs, mettant en évidence l’inadéquation d’un tel mécanisme financier14. Le recours à la contractualisation entre un opérateur et un petit producteur pour financer la restauration de ses terres peut également constituer un deuxième danger lorsque ce dernier supporte l’ensemble des risques. Cette situation peut provoquer un endettement du petit producteur au détriment de sa sécurité alimentaire.

Les modalités de financement seront donc déterminantes pour évaluer la cohérence de l’initiative “4 pour 1000”.

 

 

 

—————————————-

NOTES

1 A hauteur de 10-12 % d’après le 5e rapport du GIEC «Changements climatiques 2014 : Atténuation du changement climatique », p.822 http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg3/ipcc_wg3_ar5_chapter11.pdf
2 http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/ les/1509-climat-4pour1000-fr-bd.pdf
3 Plan d’action Lima-Paris visant à rendre visible des initiatives portées par des Etats, collectivités locales et/ou le secteur privé dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques dans 12 secteurs.

2 http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/ les/1509-climat-4pour1000-fr-bd.pdf
3 Plan d’action Lima-Paris visant à rendre visible des initiatives portées par des Etats, collectivités locales et/ou le secteur privé dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques dans 12 secteurs.

 

4 FAO, FIDA et PAM. 2015. L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015. Objectifs internationaux 2015 de réduction de la faim : des progrès inégaux. Rome, FAO
5 UNDP (2007). Human Development Report. Fighting climate change. UNDP, New York, p. 90

5 UNDP (2007). Human Development Report. Fighting climate change. UNDP, New York, p. 90

 

6 Report of the Secretary-General, Agriculture development, food security and nutrition, 18 August 2015, A/70/333, §60
7 Voir allocution de François Hollande en ouverture du Sommet des consciences pour le climat, 21 juillet 2015 http://www.elysee.fr/declarations/article/allocution-en-ouverture-du- sommet-des-consciences-pour-le-climat-2/

7 Voir allocution de François Hollande en ouverture du Sommet des consciences pour le climat, 21 juillet 2015 http://www.elysee.fr/declarations/article/allocution-en-ouverture-du- sommet-des-consciences-pour-le-climat-2/

 

8 http://www.peuples-solidaires.org/sites/ les/actionaid/rapport_ actionaid_zero_emission_nettes.pdf
9 http://www. bl.org/ leadmin/documents/de/news/2012/calas/4_ CaLas2011_Smith.pdf

10 Le méthane (25 fois plus réchauffant que le gaz carbonique à un horizon de 100 ans et 72 fois à un horizon à 20 ans) et le protoxyde d’azote (298 fois plus réchauffant que le gaz carbonique) contribuent respectivement à hauteur d’environ 30 et 50 % des émissions de GES imputables à l’agriculture, si on considère un horizon à 100 ans.

 

11 http://www.coordinationsud.org/wp-content/uploads/Les-Notes-de-la-C2A-N%C2%B017-Ann%C3%A9e-Internationale-de-lAgriculture- Familiale1.pdf
12 Les femmes possèdent moins d’1 % des terres mais représentent 43% des agriculteurs dans les pays en développement.
13 http://www.climatesmartagconcerns.info/

12 Les femmes possèdent moins d’1 % des terres mais représentent 43% des agriculteurs dans les pays en développement.
13 http://www.climatesmartagconcerns.info/

 

14 S. Sharma, An Update on the World Bank’s Experimentation with Soil Carbon. Promise of Kenya agricultural carbon project remains elusive., Institute for Agriculture and Trade Policy, September 2012
15 Le concept de LDN est inscrit dans la déclaration de Rio «l’avenir que nous voulons » et fait l’objet de l’objectif de développement durable n°15 et de la cible 15.3. Encore peu précisé, ce concept cherche à établir une compensation entre terres dégradées et terres restaurées (réduction de la dégradation et restauration de terres).

 

 

 

 

Comment conjurer le réchauffement climatique ?

 

Ivo Rens

Automne 2018

 

Dans les milieux des sciences de la Terre, on sait depuis les années 1960, grâce à la courbe de Keeling, que la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique (CO2) croît constamment. On savait depuis un certain temps que le gaz carbonique atmosphérique comportait un effet de serre. On savait aussi que d’autres gaz, à commencer par le méthane y contribuaient aussi, mais dans de moindres proportions.

Dans les années 1980, s’imposa l’idée que la température atmosphérique moyenne du globe terrestre augmentait. C’est toutefois avec une grande prudence que le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988, estima, dans son deuxième rapport, en 1995, que “l’évolution du climat depuis un siècle s’explique mieux en tenant compte d’une influence anthropique, et que cette évolution n’est vraisemblablement pas d’origine naturelle”.

Entretemps, au “sommet de la Terre” à Rio de Janeiro en 1992, avait été adoptée la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Relevons que ce texte fut négocié en anglais et que la version anglaise de cet instrument de droit international public parle du “changement climatique” au singulier, ce qui est autrement inquiétant que le pluriel français connotant d’inévitables changements climatiques !

D’où, chez certains scientifiques, la hantise d’un emballement du réchauffement climatique qui, à terme, pourrait rendre la Terre inhabitable, voire la condamner au sort infernal de Vénus. Cette inquiétude est à l’origine du Protocole de Kyoto à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Ce protocole visait à réduire, entre 2008 et 2012, d’au moins 5% par rapport au niveau de 1990 les émissions de gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote et trois substituts des chlorofluorocarbones.

Dans les milieux environnementalistes, au tout début du XXIe siècle, se fit jour l’idée que, pour s’opposer au réchauffement climatique, il ne suffirait pas de freiner la combustion d’énergies fossiles, grande génératrice de CO2, mais qu’il faudrait aussi entreprendre de séquestrer le gaz carbonique atmosphérique.

En dépit de quelques notabilités climatosceptiques, des scientifiques et des militants écologistes de plusieurs pays explorèrent des moyens d’action pour activer la séquestration du CO2 dans les sols.

C’est dans ce contexte que fut officiellement lancée par la France, le 1er décembre 2015, en marge de la COP21, la 21e conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques signée à Rio en 1992, l’Initiative dite 4 pour 1000.

Cette Initiative vise à organiser mondialement l’accroissement de la fixation du carbone atmosphérique dans les sols par la photosynthèse à raison de 0,4%, soit 4 pour 1000 par an, ce qui permettrait de stopper l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère liée aux activités humaines.

Mais pareille entreprise est-elle compatible avec le développement de l’agroécologie ? Et postule-t-elle la poursuite de l’industrialisation de l’agriculture ? Ce sont là quelques-unes des questions que soulève le document “Initiative 4 pour 1000 : Soyons vigilants !” que publia en 2015 également la Coordination Sud, organisation faîtière des ONG françaises de solidarité internationale créée en 1994. En réalité, ce sont deux composantes de la Coordination Sud, la Commission Climat et Développement et la Commission Agriculture et Alimentation qui ont rédigé cette prise de position que nous croyons utile de présenter à nos lecteurs.

 

 

 

INITIATIVE « 4 POUR 1000 » : SOYONS VIGILANTS !

Coordination SUD (Solidarité Urgence Développement)

Source : https://www.avsf.org/public/posts/1894/note_4-pour-1000-soyons-vigilants_coordination_sud_octobre2015.pdf

 

Alors que les sols font traditionnellement figure de grands absents des politiques publiques, ils suscitent un intérêt croissant ces derniers mois. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a décidé de proclamer 2015 comme étant l’année internationale des sols, et ils sont aujourd’hui au centre d’une initiative lancée par la France et combinant deux thématiques à l’actualité majeure : l’agriculture et le climat. Le secteur agricole est l’un des principaux secteurs responsables des changements climatiques1 mais il est aussi fortement touché par ses impacts. Fortes d’une expérience de longue date sur la question de l’agroécologie et des sols, les organisations de la société civile se félicitent de l’intérêt grandissant porté à ces enjeux. Trop longtemps mis de côté dans les négociations climat, ils doivent être élevés au rang des priorités lors de la COP21.

Au mois de mars, le ministre de l’Agriculture français exposait l’initiative « 4 pour 1000 » dans le cadre de la Conférence scientifique internationale « Agriculture intelligente face au climat » à Montpellier. Une plaquette2, publiée par le ministère, présente une initiative qui place l’agriculture au cœur des enjeux climatiques, pas seulement en tant que secteur touché par les changements climatiques et secteur émetteur de gaz à effet de serre, mais aussi comme faisant partie de la solution en termes d’atténuation. Elle inscrit également l’initiative « 4 pour 1000 » dans l’Agenda des solutions3 porté par les présidences française et péruvienne des COP20 & 21 et le Secrétariat général des Nations unies, malgré les incertitudes qu’elle comporte à ce stade.

Objectif de l’initiative

Allier sécurité alimentaire et lutte contre les changements climatiques

En 2015, 795 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde4 et d’ici à 2080, jusqu’à 600 millions de personnes supplémentaires pourraient être en état de sous-alimentation en raison des changements climatiques5. Ceux-ci affectent les rendements agricoles et l’élevage, la qualité nutritionnelle des denrées alimentaires, la qualité de l’eau, mais aussi la qualité des sols agricoles déjà menacés et atteints, pour une grande partie d’entre eux, par la dégradation. Cette situation a des conséquences majeures sur la sécurité alimentaire et la santé des populations. Les groupes les plus vulnérables, dont les paysans des zones tropicales et équatoriales, sont les premiers touchés par les effets négatifs des dérèglements climatiques.

L’initiative « 4 pour 1000 » vise à améliorer la teneur en matière organique et encourager la séquestration de carbone dans les sols, à travers la mise en œuvre de pratiques agricoles adaptées aux conditions locales. Elle se fonde sur les résultats de plusieurs années de recherche scientifique de différents instituts parmi lesquels, au niveau français, l’INRA, le CIRAD et l’IRD. Elle s’appuie sur l’existence d’un lien direct entre le captage du CO2 par les plantes, le stockage de carbone sous forme de matière organique dans les sols et l’amélioration de leur fertilité. Il s’en suit un accroissement durable des rendements et de leur régularité. En effet, lorsque le couvert végétal capte du gaz carbonique, séquestre le carbone dans la biomasse et libère l’oxygène au moyen de la photosynthèse, le carbone devient un constitutif de la matière organique végétale. Quand la plante meurt et se dégrade, ou lorsque des amendements organiques extérieurs sont enfouis dans les sols (fumier, compost), le carbone de la matière organique est stocké dans l’humus du sol dont la fertilité est alors améliorée, notamment grâce à une meilleure rétention en eau et en éléments minéraux.

TABLEAU 1
 
L’importance d’une augmentation de la teneur en matière organique des sols pour l’agroécologie
 
L’augmentation de la teneur organique des sols constitue un des grands fondements de l’agroécologie dans la mesure où elle permet une diminution des doses d’engrais et de pesticides, mais contribue aussi à maintenir l’humidité des sols, à entretenir la biodiversité et à lutter contre l’érosion. L’agroécologie participe donc de manière significative à l’adaptation aux changements climatiques des systèmes agricoles et des populations qui en dépendent. En augmentant la production végétale (enherbement, couvert végétal, agroforesterie, etc.) ou le retour au sol des matières organiques (épandage d’effluents et de compost, restitution des résidus de culture, etc.), l’agroécologie dispose de pratiques variées pour favoriser le stockage de carbone dans les sols.

 

Comme énoncé par le secrétaire général des Nations unies, le stock de carbone des sols étant 2 à 3 fois plus important que celui de l’atmosphère, augmenter la teneur en carbone des sols de 0,4% (soit 4 pour 1000) par an permettrait d’absorber l’ensemble des émissions nettes actuelles de CO2 6. L’initiative « 4 pour 1000 » vise donc à accroître la matière organique dans les sols et à restaurer les sols dégradés, valorisant ainsi le potentiel « puits de carbone » des systèmes agricoles et forestiers. Cette augmentation du stock de carbone dans les sols peut se faire à travers une grande variété de techniques agricoles et forestières : augmentation du couvert végétal via les associations de cultures, agroécologie, agroforesterie, techniques culturales simplifiées, zéro labour, etc.

Les scientifiques ne limitent pas leurs travaux aux seuls sols agricoles : le processus est aussi étudié pour les sols forestiers par exemple. Cependant, le ministre de l’Agriculture a, pour sa part, présenté une initiative résolument tournée vers les terres agricoles7 (soit environ 10 % des terres concernées) a n que puissent être conciliés et rendus complémentaires trois objectifs essentiels : la sécurité alimentaire, l’adaptation des systèmes alimentaires aux dérèglements climatiques et l’atténuation des émissions anthropiques. Peu documenté et étayé, le lien entre séquestration de carbone dans les sols et amélioration de la sécurité alimentaire n’apparaît pas de façon assez claire dans l’initiative. La hausse des rendements agricoles mise en avant dans le « 4 pour 1000 » ne suffit pas à conclure à une amélioration de la sécurité alimentaire (en particulier pour le pilier lié à l’accès). Si l’émergence de concepts cherchant à réconcilier climat et agriculture apparaît comme une avancée positive, un certain nombre de garde- fous demeure indispensable pour en assurer une réelle efficacité et se prémunir des impacts négatifs possibles.

Les points d’attention et risques de l’initiative

L’urgence de conditionner le « 4 pour 1000 » par des garanties fortes

De par son caractère transversal, la question des sols et de la sécurité alimentaire doit être un enjeu central de la lutte contre les changements climatiques. Pour autant, l’initiative « 4 pour 1000 » pose un certain nombre de questions auxquelles il s’agit d’apporter des réponses claires et cohérentes.

Le « 4 pour 1000 » ne doit pas retarder des engagements forts sur la réduction des émissions de GES

Entre secteurs d’activités

Stocker plus de carbone dans les sols ne doit pas être compris comme un permis à émettre autant ou plus pour les autres secteurs d’activité humaine. En présentant le « 4 pour 1000 » comme un vaste mécanisme de compensation des émissions, certains acteurs économiques risquent de s’engouffrer dans une brèche qui leur permettrait de se contenter de maintenir leur niveau d’émissions dans leurs secteurs d’activité, tout en finançant des programmes de restauration des sols dans les pays du Sud pour obtenir un résultat d’émissions net proche de zéro (concept de « zero net emissions8 »). Cette approche compensatrice doit être d’autant plus relativisée qu’il existe des limites intrinsèques à la séquestration de carbone dans les sols, liées à la non-permanence et à la réversibilité9. Il s’agit donc en priorité de diminuer les émissions de GES dans chaque secteur d’activité et ce, avant tout, à niveau national.

Au sein du secteur agricole

Quand bien même les capacités de stockage du sol seraient actuellement largement sous-exploitées, il ne faudrait pas qu’une focalisation sur le seul carbone du sol empêche une remise en cause plus globale du modèle d’agriculture et du système alimentaire productivistes. Ceux-ci contribuent, en effet, d’une façon importante au réchauffement climatique, à la fois en amont et en aval de la production (sur-transformation des produits, emballages excessifs, transport, déchets et gaspillages alimentaires, surconsommation).

Par ailleurs, en favorisant un stockage accru de carbone dans les sols, l’initiative « 4 pour 1000 » ne permet pas de répondre au dé de la réduction des émissions du secteur agricole dans la mesure où celui-ci contribue au réchauffement climatique essentiellement par le biais d’émissions de méthane (CH4), de protoxyde d’azote (N2O)10 et de dioxyde de carbone non-émis par les sols (production d’engrais, machines agricoles, transport).

L’agroécologie et l’agriculture familiale locale : des leviers à prioriser

Tous les modèles agricoles ne contribuent pas de manière égale aux changements climatiques. L’agriculture industrielle est, ainsi, fortement émettrice alors que les agricultures familiales paysannes11 le sont beaucoup moins, tout en étant les plus résilientes face aux impacts des changements climatiques. Les agricultures paysannes devraient être les premières bénéficiaires de l’initiative car elles ont fondamentalement intérêt à prendre soin des sols qu’elles cultivent. Cependant, parce qu’elles n’ont souvent pas les moyens de le faire, elles risquent paradoxalement d’être exclues de l’initiative si tout n’est pas fait pour les protéger (de la concurrence de produits importés à bas prix ou de processus d’accaparement des terres), les soutenir activement à l’échelle qui est la leur. Dans le même temps, certains modèles et pratiques d’acteurs économiques et financiers pourraient être promus par l’initiative du seul fait de leur impact sur le carbone des sols, alors même qu’ils pourraient contribuer à exclure des communautés rurales, accaparer des terres, etc. En conséquence, les modèles et pratiques agricoles soutenus dans le cadre de l’initiative doivent être clairement définis au moyen de critères d’exclusion et/ou d’inclusion et favoriser l’agriculture paysanne.

Ceci implique une évolution globale des politiques agricoles afin que l’agroécologie et l’agriculture paysanne et familiale deviennent des priorités. Il importe donc d’associer étroitement les agriculteurs, organisations paysannes et les femmes. Producteurs de 70 % de l’alimentation sur terre, les paysans ont un rôle central à jouer dans la mise en valeur des sols. L’accès à la terre étant inégal entre hommes et femmes12, il est aussi important de travailler sur la participation des femmes et la prise en compte de leur avis dans les institutions qui mettront en œuvre cette initiative et en feront le suivi. Outre les enjeux techniques de la restauration de sols, ce sont surtout les méthodes de mise en œuvre de l’initiative qui restent sans réponse. Comment opérationnaliser l’agroécologie et l’agriculture familiale locale au sein du « 4 pour 1000 » ? Et comment impliquer cette vaste majorité d’agriculteurs dans les pays en développement ?

 

TABLEAU 2
Une Initiative susceptible d’être rattachée au concept de Climate-Smart Agriculture
 
A plusieurs reprises, l’Initiative “4 pour mille” a été décrite comme pouvant se référer au concept promu par un certain nombres d’acteurs internationaux dont la FAO sous le nom de Climate-Smart Agriculture. Celui-ci serait fondé sur la mise en œuvre de trois pilliers, à savoir : l’augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles, le renforcement de la résilience aux changements climatiques et la réduction des émissions où cela est possible. A cet égard, et sans même qu’ait été défini précisément le concept de Climate-Smart Agriculture, une Alliance globale internationale dédiée à cette agriculture “climato-intelligente” a été lancée en septembre 2014. Sa composition nourrit d’importants doutes sur ses intentions et le concept est désormais repris par des entreprises climato-incompatibles pour légitimer leurs actions. 13 Relier le “4 pour 1000” à la Climate-Smart Agriculture, c’est prendre le risque de l’entraîner dans les mêmes ornières avec deux dangers principaux : celui de lui faire perdre toute substance et celui de mettre en oeuvre des actions qui ne contribueraient pas réellement au double objectif de lutte contre les changements climatiques et d’amélioration de la sécurité alimentaire.

 

Identification des terres : l’indispensable protection des droits fonciers.

Insuffler un programme mondial de valorisation et de restauration des sols implique une réflexion approfondie sur les problématiques liées au foncier. Sources de tension entre les communautés locales, les Etats et les entreprises, la situation des terres fait souvent l’objet de con its implicites ou explicites intenses. L’identification de terres pouvant faire l’objet d’un financement « 4 pour 1000 » est un préalable indispensable : elle devra permettre à la fois d’appréhender avec plus de précisions les risques éventuels de spéculation ou d’accaparement des terres et de sécuriser les droits fonciers existants.

En effet, l’annonce faite de millions d’hectares à restaurer sur des terres dites « inutilisées » est susceptible de créer un appel d’air auprès d’acteurs de l’accaparement des terres, appel d’air qui serait particulièrement dangereux pour les communautés locales, pour qui les terres dégradées conservent une utilité (cueillette, activités pastorales, etc.). L’application des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers (2012) ainsi que du Principe de consentement libre, informé et préalable (CLIP) devront constituer un prérequis primordial.

Un choix des mécanismes fonciers déterminants

Il subsiste un flou important sur les méthodes de financement de cette initiative. Une grande attention devra être portée sur les choix opérés dans la mesure où les mécanismes financiers de lutte contre les changements climatiques peuvent avoir des conséquences majeures sur les droits fonciers des populations locales et, par extension, sur leur souveraineté alimentaire.

Ces risques sont liés, notamment, aux instruments de marché, susceptibles, s’ils ne sont pas accompagnés de garde-fous robustes, de se transformer en outils de spéculation et de financiarisation de la nature et pouvant mener à des accaparements de terre. L’initiative « 4 pour 1000 » se fonde sur des travaux scientifiques qui cherchent à mesurer le processus de séquestration du carbone dans les sols : en quantifiant ce carbone, une approche basée sur les marchés carbone pourrait faire surface. Déjà expérimentée par la Banque mondiale au Kenya, elle n’a pas fait ses preuves auprès des petits agriculteurs, mettant en évidence l’inadéquation d’un tel mécanisme financier14. Le recours à la contractualisation entre un opérateur et un petit producteur pour financer la restauration de ses terres peut également constituer un deuxième danger lorsque ce dernier supporte l’ensemble des risques. Cette situation peut provoquer un endettement du petit producteur au détriment de sa sécurité alimentaire.

Les modalités de financement seront donc déterminantes pour évaluer la cohérence de l’initiative “4 pour 1000”.

 

 

 

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NOTES

1 A hauteur de 10-12 % d’après le 5e rapport du GIEC «Changements climatiques 2014 : Atténuation du changement climatique », p.822 http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg3/ipcc_wg3_ar5_chapter11.pdf
2 http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/ les/1509-climat-4pour1000-fr-bd.pdf
3 Plan d’action Lima-Paris visant à rendre visible des initiatives portées par des Etats, collectivités locales et/ou le secteur privé dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques dans 12 secteurs.

2 http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/ les/1509-climat-4pour1000-fr-bd.pdf
3 Plan d’action Lima-Paris visant à rendre visible des initiatives portées par des Etats, collectivités locales et/ou le secteur privé dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques dans 12 secteurs.

 

4 FAO, FIDA et PAM. 2015. L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015. Objectifs internationaux 2015 de réduction de la faim : des progrès inégaux. Rome, FAO
5 UNDP (2007). Human Development Report. Fighting climate change. UNDP, New York, p. 90

5 UNDP (2007). Human Development Report. Fighting climate change. UNDP, New York, p. 90

 

6 Report of the Secretary-General, Agriculture development, food security and nutrition, 18 August 2015, A/70/333, §60
7 Voir allocution de François Hollande en ouverture du Sommet des consciences pour le climat, 21 juillet 2015 http://www.elysee.fr/declarations/article/allocution-en-ouverture-du- sommet-des-consciences-pour-le-climat-2/

7 Voir allocution de François Hollande en ouverture du Sommet des consciences pour le climat, 21 juillet 2015 http://www.elysee.fr/declarations/article/allocution-en-ouverture-du- sommet-des-consciences-pour-le-climat-2/

 

8 http://www.peuples-solidaires.org/sites/ les/actionaid/rapport_ actionaid_zero_emission_nettes.pdf
9 http://www. bl.org/ leadmin/documents/de/news/2012/calas/4_ CaLas2011_Smith.pdf

10 Le méthane (25 fois plus réchauffant que le gaz carbonique à un horizon de 100 ans et 72 fois à un horizon à 20 ans) et le protoxyde d’azote (298 fois plus réchauffant que le gaz carbonique) contribuent respectivement à hauteur d’environ 30 et 50 % des émissions de GES imputables à l’agriculture, si on considère un horizon à 100 ans.

 

11 http://www.coordinationsud.org/wp-content/uploads/Les-Notes-de-la-C2A-N%C2%B017-Ann%C3%A9e-Internationale-de-lAgriculture- Familiale1.pdf
12 Les femmes possèdent moins d’1 % des terres mais représentent 43% des agriculteurs dans les pays en développement.
13 http://www.climatesmartagconcerns.info/

12 Les femmes possèdent moins d’1 % des terres mais représentent 43% des agriculteurs dans les pays en développement.
13 http://www.climatesmartagconcerns.info/

 

14 S. Sharma, An Update on the World Bank’s Experimentation with Soil Carbon. Promise of Kenya agricultural carbon project remains elusive., Institute for Agriculture and Trade Policy, September 2012
15 Le concept de LDN est inscrit dans la déclaration de Rio «l’avenir que nous voulons » et fait l’objet de l’objectif de développement durable n°15 et de la cible 15.3. Encore peu précisé, ce concept cherche à établir une compensation entre terres dégradées et terres restaurées (réduction de la dégradation et restauration de terres).

 

 

 

 

Le climat de la Dombes : Analyse et synthèse Critique d’un dérèglement climatique

par Philippe Lebreton (*)

Professeur honoraire de l’Université Lyon-1

Document reçu le 23 octobre 2018

                                              

Une étude a été conduite de l’évolution climatique (intégrant les trois dimensions chronologique, thermique et hydrique du concept de climat) dans le terroir particulier de la Dombes, « zone humide » et culturale intensive de quelque 1000 km2 située dans l’Ain, au nord-ouest immédiat de Lyon.

 

Une première approche est d’ordre sémantique, visant à bien distinguer climatologie et météorologie, la première s’intégrant dans une tout autre dimension spatio-temporelle que la seconde, même si elle en procède expérimentalement. Puis une brève histoire est tracée de « l’échauffement climatique », dont deux personnalités peuvent symboliser la dimension séculaire : Svante Arrhenius (prix Nobel de Chimie, en 1907) et Al Gore (prix Nobel de la Paix, en 2009) ; ces deux jalons montrent à quel point l’esprit humain peut être insouciant et « conservateur », à l’encontre de ses intérêts et de son destin d’espèce, voire de son avenir de société et même de civilisation.

 

Une troisième partie relève de la rubrique « matériel et méthodes », avec le choix des stations météorologiques et leur typologie climatique, les variables considérées (température, précipitations et leur combinaison sous forme d’indices bioclimatiques), les sources bibliographiques élargissant le champ biogéographique (au confluent des influences continentales, océaniques et méditerranéennes), le traitement statistique des données et des résultats enfin.

 

Plus volumineux et importants sont les constats (au début de la quatrième partie), le premier d’entre eux concernant la nette rupture thermique avant et après le milieu de la décennie 1980. Jusqu’à 1985, les valeurs ne s’écartent pas significativement d’une moyenne de 10°C très légèrement croissante : il s’agit donc d’un palier, suivi d’une ascension dont la pente (hautement significative) dépasse 4°C par siècle ; l’existence d’une courbe en « crosse de hockey » ne peut donc être ici niée. Cet échauffement connaît une répartition saisonnière attribuant à l’été un rôle prédominant, avec + 3,2°C d’échauffement entre les années 1960 et les années 2010, soit le tiers du bilan annuel ; il est suivi par le printemps, avec 2,5°C et le quart du total ; le reste concerne l’automne (+ 2,3°C et le quart du total) et l’hiver (+ 1,6°C et le sixième du total) : la « belle saison » est donc la plus concernée, avec elle l’essentiel des potentialités biologiques, floraisons et reproductions animales, mais aussi des productions agricoles et piscicoles.

 

Les précipitations, si aléatoires soient-elles, permettent de reconnaître des rythmes saisonniers, autorisant eux-mêmes l’établissement de « types climatiques », comparés aux trois principaux climats européens : océanique, continental et méditerranéen, à l’interface desquels s’inscrit un « climat lyonnais », dont relève la situation dombiste ; celle-ci ne subit guère d’influences atlantiques (si ce n’est l’origine de certaines pluies), à peine plus méditerranéennes (malgré l’échauffement et le vent du sud), un peu plus continentales (malgré des épisodes caniculaires, désormais connus il est vrai dans toute l’Europe). De nettes tendances à une variation décennale à profil parabolique des précipitations sont néanmoins visibles, avec une augmentation du début des années 1960 à la fin des années 1970, une acmé dans les décennies 1980-1990, puis une diminution depuis le début du présent siècle. Au premier ordre, plus que les températures, ce sont les précipitations qui pilotent les variations des indices bioclimatiques de type P / t, jusqu’à l’affirmation récente d’une sécheresse croissante, aux lourdes conséquences biologiques et écologiques.

 

Les certitudes désormais acquises concernant l’évolution de la teneur atmosphérique en gaz carbonique (dont est fournie l’évolution passée et prévisible) et ses corrélations avec l’échauffement climatique laissent aujourd’hui très peu de doutes sur la persistance, voire même l’accélération de phénomènes observés sur le terrain depuis un tiers de siècle. On peut désormais s’attendre au franchissement de la valeur 450 ppm(v) de gaz carbonique dans une demi-génération humaine et au doublement du plancher historique de 280 ppm vers 2065.

 

Les pronostics pour la température de la Dombes sont du même ordre de grandeur, avec deux approches, fondées sur les pentes des échauffements pluri-décennaux récents, ou sur la corrélation avec l’évolution parabolique des teneurs en CO2. Dans le premier cas, à partir des 12,5°C actuels, la température moyenne annuelle atteindrait 13,1°C en 2030 et 14,5°C en 2060. Dans l’autre démarche, basée sur la teneur carbonique, la température pourrait atteindre 13,4°C et 15,8°C aux mêmes dates. En combinant les deux démarches, par rapport au plancher 10°C des années 1964-1985, l’échauffement serait de 3,2 +/- 0,2°C en 2030 et de 5,2° +/- 0,7°C en 2060 ! En 2013, le GIEC fournissait 3,8°C dans une fourchette allant de 2,6 à 5,2°C pour la fin du XXIème siècle. On rejoint dès lors les « prophéties » de Svante Arrhenius, il y a plus d’un siècle maintenant… Mieux vaut sans doute (comme pour la démographie de l’Afrique sub-saharienne) ne pas trop songer à un tel cauchemar…

 

Les conséquences écologiques et économiques de ces évolutions rapides, voire accélérées, sont à même de provoquer ou d’aggraver des crises sociologiques, démographiques et politiques d’une dimension historique rarement connue par notre espèce. Dans un tel contexte, local et général, il est surprenant qu’une minorité de scientifiques (même si l’on ne peut nier la bonne foi de certains, ni écarter l’influence de lobbies défendant des intérêts sectoriels) puisse s’arcbouter sur des arguments dont le déterminisme et le niveau semblent plutôt relever d’un registre psycho-sociologique surprenant à de tels niveaux. Des documents de divers ordres (données de Météo France, références personnelles, réflexions et prises de position, correspondances, etc.) sont fournis en annexe, ainsi qu’une bibliographie locale et nationale opportune.

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(*) Philippe Lebreton est l’auteur de nombreux ouvrages relatifs à l’écologie. L’un d’eux peut être téléchargé gratuitement sur le site des Classiques des sciences sociales : Le futur a-t-il un avenir ? Pour une responsabilité socio-écologique, 2012.
http://classiques.uqac.ca/contemporains/lebreton_philippe/le_futur_a-t-il_un_avenir/le_futur_a-t-il_un_avenir.html

Le changement climatique aura des effets désastreux sur la biodiversité

Lorène Lavocat

Source : Reporterre

https://reporterre.net/Le-changement-climatique-aura-des-effets-desastreux-sur-la-biodiversite

14 mars 2018

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Selon une étude scientifique publiée ce mercredi en partenariat avec le WWF, le rythme actuel d’émission de gaz à effet de serre conduira à un effondrement rapide de la biodiversité dans les régions qui en sont le plus dotées.

On savait une sixième extinction probable, mais la menace d’une disparition massive d’animaux et de plantes se précise à chaque nouvelle publication scientifique. Celle publiée ce mercredi 14 mars dans la revue Climate Change, menée par le WWF en partenariat avec des chercheurs de l’université d’East Anglia (Angleterre), prédit un avenir bien sombre à notre planète.

D’après cette étude, « si le réchauffement planétaire se poursuit jusqu’à atteindre + 4,5 °C, près de 50 % des espèces qui vivent actuellement dans les régions les plus riches en biodiversité seront menacées d’extinction d’ici 60 ans ». Ce risque serait réduit de moitié si nous maintenons la hausse de la température moyenne mondiale en dessous de 2 °C.

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Pour parvenir à ces résultats, le WWF a modélisé les conséquences d’un dérèglement climatique dans 35 régions de la planète sur les plantes, les oiseaux, les mammifères, les amphibiens et les reptiles, selon trois scénarios : un réchauffement à + 2 °C (fourchette haute de limitation de la température moyenne mondiale fixée par l’Accord de Paris à « bien en dessous de 2 °C ») ; un réchauffement à + 3,2 °C (température moyenne mondiale prenant en compte la valeur médiane des engagements pris à la COP21 par les pays pour réduire leurs émissions pour 2025 et 2030) ; un réchauffement à + 4,5 °C (température moyenne mondiale si aucun effort n’est fait pour ralentir le rythme actuel des émissions, dit scénario du « laisser-faire »).

 

Frog in the Pacaya Samira Reserve in the Peruvian Amazon.

Une grenouille amazonienne.

« Dans la plupart des cas, le changement climatique signifie plus de sécheresse »

Ce n’est pas un énième rapport sur la catastrophe écologique, insiste Pierre Cannet, du WWF. « Pour la première fois, on fait le lien concret, modélisé, entre réchauffement et biodiversité, explique-t-il à Reporterre. On a isolé la pression du changement climatique — changements des températures, de la pluviométrie et de la couverture nuageuse — des autres facteurs comme le morcellement des terres, la déforestation, le braconnage.  »

 

Orchids (Orchidaceae fam.); Jaú National Park, Amazonas, Brazil

Une orchidée amazonienne.

Certaines écorégions, et avec elles les espèces qu’elles abritent, sont en effet particulièrement fragiles face au choc climatique, même dans un monde à + 2 °C. Parmi elles, le sud-ouest de l’Australie, les forêts du Miombo, au centre-sud du continent africain, qui abritent des dizaines de milliers d’éléphants, ou la côte est du continent africain. « Dans la plupart des cas, le changement climatique signifie plus de sécheresse, précise Pierre Cannet. Mais cette étude n’inclut pas les événements climatiques extrêmes, difficiles à modéliser. » D’après l’étude, « il est prévu que les températures saisonnières moyennes dépassent celles qui n’avaient été préalablement observées qu’à l’occasion des années les plus chaudes des cinquante dernières années ». L’extrême d’aujourd’hui pourrait devenir la norme de demain.

 

Orchids (Orchidaceae fam.); Jaú National Park, Amazonas, Brazil

Protea du fynbos typique de la province sud-africaine du Cap.

En Amazonie et sur le plateau des Guyanes, qui abritent actuellement plus de 10 % de toutes les espèces connues sur Terre, six espèces de plantes sur dix pourraient disparaître si rien n’est fait pour juguler les émissions de gaz à effet de serre. Cette région serait aujourd’hui le terreau de plus de 80.000 espèces végétales, nombre d’entre elles étant endémiques. Même la plus petite hausse de température, moins de 2 °C, menacerait d’extinction 40 % des plantes.

 

Loggerhead turtle, Mediterranean Sea

Une tortue méditerranéenne.

Autre cas inquiétant, la Méditerranée, « déjà au bord du burn out du fait des activités humaines », relève Pierre Cannet. Même si les États tiennent leurs engagements pris à Paris en 2015, qui aboutissent d’après les prévisions à un réchauffement de 3,2 °C, il est prévu que plus de la moitié de toutes les espèces de plantes et d’un tiers à la moitié des autres groupes d’espèces disparaissent, d’après le rapport.

Renforcer les moyens alloués à l’adaptation et à la conservation des habitats 

Parmi les espèces menacées, les emblématiques tortues marines (la tortue luth, la tortue verte et la caouanne). La température du sable où les femelles pondent déterminent le sexe des tortues. Les mâles sortent ainsi des œufs venant de la partie du nid la plus profonde et la plus fraîche. Une hausse des températures pourrait donc conduire à la naissance uniquement de femelles, et mettre en danger la survie de l’espèce.

 

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La forêt amazonienne.

« La plupart des espèces ont une capacité d’adaptation ou de dispersion, souligne Pierre Cannet. Elles peuvent par exemple migrer dans des zones plus favorables. Les tortues femelles peuvent pondre dans des sables plus frais, les éléphants d’Afrique peuvent se déplacer pour aller chercher de nouveaux points d’eau… pourvu qu’on n’ait pas mis des routes, des grillages ou des villes sur le passage ! Il ne faut pas que les espèces se retrouvent dans des culs-de-sac. » D’après les modélisations réalisées par le WWF, si les espèces peuvent s’adapter en se dispersant, en cas de scénario à + 4,5 °C, deux cinquièmes de l’ensemble des groupes seraient exposées à un risque de disparition, en baisse par rapport aux 48 % prévus en cas de non-dispersion.

 

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Des kangourous du Sud-Ouest australien.

C’est pourquoi l’ONG, tout en appelant les gouvernements à élever leurs engagements climatiques, demande que les moyens alloués à l’adaptation et à la conservation des habitats soient renforcés. « On ne peut pas travailler climat et biodiversité séparément, insiste M. Cannet. Les deux sont étroitement liés. Les sommets et les politiques climatiques doivent prendre en compte la question de la conservation de la nature. » 

 

Herd of African elephants. Amboseli National Park, Kenya.

Des éléphants est-africains.

Et de conclure : « Au-delà des espèces symboliques qui sont menacées, comme les tortues, les éléphants ou les pandas, il faut surtout réaliser que tous les êtres vivants sont concernés, car si la moitié des espèces disparaît à cause du changement climatique, cela bouleversera l’ensemble des chaînes alimentaires et des écosystèmes. In fine, en tant qu’espèce au cœur de la nature, l’humanité serait aussi menacée. »

 

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Attention : les lobbies s’attaquent au principe de précaution

Michèle Rivasi

5 janvier 2019

Source : Reporterre

https://reporterre.net/Attention-les-lobbies-s-attaquent-au-principe-de-precaution

 

Depuis les années 1990, le principe de précaution protège les citoyens de l’Union européenne en cas d’incertitude de la science, rappelle l’autrice de cette tribune. Qui explique que les industriels poussent aujourd’hui un principe concurrent, celui « d’innovation », qui leur serait très favorable.

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Michèle Rivasi est députée européenne

Depuis le début des années 1990, Bruxelles utilise le principe de précaution pour réglementer des produits allant des décapants de peinture aux voitures sans conducteur et aux cultures génétiquement modifiées. Les États-Unis ont longtemps condamné ce principe de l’UE comme une forme de protectionnisme. Souvenez-vous du différend commercial sur le bœuf élevé aux hormones en 2000. Mais ce principe est essentiel pour permettre aux décideurs politiques de faire preuve de prudence afin de protéger le public et d’éviter les dommages environnementaux lorsque la science est incertaine.

Mais aujourd’hui, des industries tentent d’introduire une nouvelle façon de penser par le biais d’une philosophie opposée : le « principe de l’innovation ». Intégré à la loi, le principe d’innovation permettrait de faire contrepoids à ce que ces industriels estiment être un obstacle majeur à leurs affaires : le principe de précaution.

Ce « principe » est le produit du European Risk Forum (ERF), une plate-forme de lobbying pour des sociétés de produits chimiques, de combustibles fossiles et jusqu’à récemment de tabac — des industries à risque, qui sont soumises à des réglementations sanitaires et environnementales. Leur principal intérêt commun est de maintenir leurs produits sur le marché avec le moins de restrictions et de réglementations possibles. En avançant ce « principe », ces industries demandent à ce que « chaque fois qu’une législation est à l’étude, son impact sur l’innovation devrait être évalué et pris en compte ».

L’ERF, créé dans le but de lutter contre les législations visant à interdire de fumer dans les lieux publics

L’application du principe d’innovation signifierait que chaque projet de texte de la Commission devrait être expurgé de toute mesure ayant un impact négatif sur « l’innovation », avant même d’être présenté au législateur. C’est précisément ce raisonnement qui a conduit la Commission à retarder très longtemps la définition des perturbateurs endocriniens. La Commission avait en effet demandé une analyse d’impact sur les industries avant de publier la définition.

L’ERF mène sa campagne de pression depuis plusieurs années. L’ERF a été créé en 1996 par le groupe British American Tobacco dans le but de lutter contre les législations visant à interdire de fumer dans les lieux publics.

Depuis 2013, le principe d’innovation a fait son chemin au sein de la Commission européenne, grâce à de nombreux événements, courriers et courriels de groupes de pression. C’est ce que montre un rapport de recherche publié le lundi 10 décembre par l’ONG Corporate Europe Observatory.

Cette nouvelle approche gagne du terrain à Bruxelles. Mercredi 12 décembre, au Parlement européen, les législateurs ont voté sur un règlement intégrant pour la première fois le principe d’innovation dans le droit de l’Union. Il figurait dans le préambule d’une proposition législative définissant les règles et le champ d’application d’Horizon Europe, le programme de recherche et d’innovation de l’UE pour 2021-2027 qui distribuera près de 100 milliards d’euros en six ans. Le texte actuel encourage une « réglementation favorable à l’innovation, grâce à l’application continue du principe d’innovation ».

Ce concept n’est pas intégré dans l’approche générale du Conseil. Le débat va donc être rouvert lors du trilogue [1] au Parlement européen et nous devrons rester vigilants.

Le principe d’innovation n’est rien qu’un slogan de lobbying 

Le principe d’innovation peut paraitre innocent et comme ayant une base légale. Mais ce n’est pas le cas. Ce principe d’innovation n’est rien qu’un slogan de lobbying, il n’a aucune existence légale contrairement au principe de précaution inscrit dans les textes européens depuis 2005. À noter que c’est en vertu de ce principe qu’a pu, notamment, être mis en œuvre le moratoire sur la culture des maïs génétiquement modifiés en plein champ, ou interdit le bisphénol A dans les biberons.

Le principe d’innovation est une attaque contre le principe de précaution, qui a pourtant valeur constitutionnelle en France mais reste inopposable en droit dans les faits. Le principe de précaution nuit manifestement aux profits de ces industries polluantes et dangereuses. Ils veulent utiliser ce principe d’innovation pour saper les lois de l’UE sur les produits chimiques, les nouveaux aliments, les pesticides, les nanoproduits et les produits pharmaceutiques, ainsi que les principes juridiques de protection de l’environnement et de la santé humaine inscrits dans le traité de l’Union européenne.

Il faut absolument que nous protégions le principe de précaution. Il est fondamental pour garantir que seuls des produits sûrs sont mis sur le marché.

Selon Bruxelles, le principe d’innovation devrait « aider l’Europe à devenir le géant mondial de l’innovation qu’elle est en mesure d’être ». Un tel concept ne peut être adopté dans les textes européens, alors que le système actuel d’évaluation et d’autorisation des pesticides par l’UE a été dénoncé par la société civile comme insuffisamment protecteur. Écoutons les 1.400.000 signataires de l’initiative citoyenne européenne (ICE) Stop glyphosate et innovons, oui, mais pour une innovation qui respecte notre santé, notre environnement et l’avenir des générations futures.

Pour une économie de la durabilité

Après trente ans de paralysie néolibérale et de dérégulations tous azimuts, l’avenir de la planète dépend de la capacité à développer des modèles d’économie inclusive, au bénéfice du bien-être humain, de l’équité sociale, et visant la réduction des risques environnementaux. Expert en développement durable, René Longet propose des pistes d’orientation.

par René Longet*,

Le Courrier, Genève,

6 janvier 2019

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Au rang des mesures de transition vers une économie durable, René Longet suggère de comptabiliser «la valeur des prestations de la nature». Photo: Dans son rôle essentiel d’agent pollinisateur, une abeille butine un crocus, Zurich, mars 2018. KEYSTONE/Ennio Leanza

 

Voici un peu plus de trois ans, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait l’Agenda 2030 avec ses «17 Objectifs et 169 cibles de développement durable», présentées comme «intégrées et indissociables» (§ 18). Elle donnait ainsi la définition actuelle et concrète de la notion de durabilité, conçue voici un peu plus de trente ans par la Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement.

Atteindre ces objectifs d’ici 2030 nécessite entre 5000 et 7000 milliards de dollars par an. Cela peut paraître beaucoup, mais c’est moins de 10% du PIB mondial; en réalité, l’ensemble des investissements devrait s’orienter vers la durabilité. Le Sommet mondial du Développement durable de Johannesburg n’avait-il pas demandé en 2002 «de modifier radicalement la façon dont les sociétés produisent et consomment», reprenant ce que René Passet avait formulé en 1979: «C’est toute l’économie qui doit s’inscrire au service de l’humain et du vivant»? Loin d’être un luxe, la durabilité est la condition du vivre ensemble sur cette Planète.

 

Pour une économie de la durabilité

La grande question est de savoir comment y parvenir. Après trente ans de paralysie néolibérale qui a prôné la dérégulation comme la solution à tous les maux, ces maux se sont fortement aggravés. Seule une gouvernance indépendante des lobbies et du court-termisme permettra de découpler l’économie de marché des abus commis en son nom: pas de marché sans régulation – et pas de régulation sans marché… «Pour éviter que la pollution ne transforme à jamais notre monde, il faut commencer par transformer du tout au tout notre façon de penser l’économie», rappelle Naomi Klein1.

Une économie de la durabilité est une économie inclusive, de l’utilité et du bien commun – «une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources.»2. Les entreprises auront toujours besoin de chercher une rentabilité pour boucler leurs comptes, mais à travers des activités à impact écologique et social positif, et avec une lucrativité raisonnable.

L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable ou encore la finance durable et d’impact – vecteurs-clé du changement – en indiquent le chemin. Mais aussi les modèles d’économie circulaire et de fonctionnalité, où l’on gagne sa vie par l’entretien et la réparabilité et non par l’obsolescence organisée ou l’extraction forcenée de ressources non renouvelables.

Si l’internet des objets est la 4e révolution industrielle, la 5e doit être celle de la durabilité! La bonne nouvelle: dans pratiquement tous les secteurs existent des biens et services répondant à ses exigences. Mais la mauvaise suit aussitôt: ils ne parviennent guère à sortir des marchés de niche. Car généraliser les bonnes pratiques suppose aligner rentabilités financières, écologiques et sociales et lever un certain nombre de désincitations à l’échelle territoriale la plus large.

 

Sept mesures pour débloquer la transition

  1. Assurer la vérité des coûts (principe du pollueur-payeur).

Les externalités négatives de l’énergie – tels les coûts du changement climatique ou de la gestion des déchets radioactifs – ont été estimées en 2015 par le FMI à 5300 milliards de dollars3; pour la circulation routière, elles s’élèvent en Suisse à 10 milliards de francs par an4. Tout cela n’est pas reflété dans les prix et reporté sur autrui. Les calculs économiques en sont gravement faussés et c’est ainsi que le recyclage des matières coûte souvent plus cher que leur extraction du sous-sol. Les externalités positives qui ne trouvent pas à se financer sur le marché doivent faire l’objet d’un correctif sous forme de subventions et les externalités négatives sous forme de taxes (avec les modulations sociales correspondantes). Si de nombreux pays ont introduit un tarif pour les émissions de carbone, dans aucun, son niveau n’atteint le coût des dommages5 ni une hauteur dissuasive.

  1. Inscrire des finalités écologiques et sociales dans la mission des entreprises.

Actuellement, les administrateurs de sociétés sont légalement tenus d’en maximiser la valeur financière. Il faut passer de la shareholder value, soit des intérêts des seuls actionnaires, à la stakeholder value, soit la prise en compte des intérêts des salariés, des consommateurs, des sites d’implantation, de l’environnement, des collectivités – ce dont les gestionnaires seront comptables. Promouvoir la fonction écologique et sociale des entreprises est l’engagement majeur du mouvement B-Corp et concerne également le secteur financier, qui doit se mettre au service de l’utilité et non de la maximisation des rendements6.

  1. Garantir un standard écologique et social mondial.

De nombreux traités internationaux visent à protéger les océans, les espèces animales et végétales, les sols, l’atmosphère ou le climat. En matière sociale, une douzaine de conventions de l’Organisation internationale du Travail7 proscrivent le travail forcé et des enfants, les discriminations à tous niveaux et la coercition, et garantissent un salaire et un horaire décents et le droit à la négociation collective. Mais la mise en œuvre de ces engagements reste très inégale, ce qui expose entreprises comme travailleurs à une constante sous-enchère.

  1. Eliminer les pratiques nocives.

Le poste le plus conséquent est la soustraction fiscale; la corruption et les détournements de fonds représentent 2600 milliards de dollars8 et le crime organisé 1600 à 2200 milliards, dont un quart dû au trafic de drogue (entre 426 à 652 milliards de dollars), selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime9. Légales mais particulièrement nuisibles, les dépenses pour l’armement, chiffrées par la Banque mondiale à 2166 milliards de dollars pour 201610, dont un tiers (714 mia de dollars) pour les seuls Etats-Unis11. D’après Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, l’Amérique a déboursé pour la guerre en Irak, entre 2001 et 2008, 3000 milliards de dollars. Quant au tabagisme, ses coûts sont estimés à 1436 milliards de dollars par an12, et les dépenses publicitaires à 578 milliards13.

  1. Inscrire dans les comptes la valeur des prestations de la nature14.

Le modèle économique dominant ne se préoccupe pas des capacités des systèmes naturels à produire des ressources et à digérer nos déchets. Nous comptabilisons les coûts de leur extraction, transformation, transport et commercialisation mais pas de leur raréfaction, soit de leur remplacement. Pour la Suisse, Agroscope a établi en 201715 la valeur pour l’agriculture de la pollinisation par les abeilles à 350 millions de francs par an. Ces valeurs doivent se retrouver dans les comptes des entreprises comme des Etats.

  1. Remplacer le PIB par un indicateur de durabilité.

Malgré ses défauts reconnus, le PIB reste la référence pour décrire l’état d’un territoire; or il additionne des pommes et des poires, et occulte tout ce qui n’est pas monétarisé. La Conférence des Nations Unies sur le développement durable de 2012 avait demandé aux entreprises d’informer sur «le caractère durable de leurs activités» et de compléter le PIB par «des mesures plus larges du progrès». Par exemple, des indicateurs de développement social, humain ou, comme au Bhoutan, de bonheur national brut – sachant qu’un territoire durable est un territoire qui augmente sa cohésion sociale, diminue son empreinte écologique et consolide son tissu économique.

  1. Passer du gigantisme globalisé à une relocalisation solidaire.

Des échanges oui, mais équitables et partant des savoir-faire locaux. Les concentrations et délocalisations effectuées au nom des économies d’échelle et d’une maximisation des rendements financiers se paient très cher du point de vue de l’emploi et des territoires. Ces critères doivent entrer dans les législations sur les fusions et les positions dominantes, et les plus de 3000 accords d’investissement existant dans le monde16.

Agir sur ces sept points permettrait de passer d’une économie de la prédation à une économie de la valeur écologique et sociale. Mutation qui serait du même ordre que le passage, à travers le New Deal, le Fordisme et les Trente Glorieuses, du capitalisme de la pénurie à celui de l’abondance. Modèle grippé et pathogène, à remplacer par un nouveau cycle où les bénéfices financiers (plafonnés) seront le fruit d’activités écologiquement et socialement vertueuses – car ces activités auront trouvé leur public et donc leur rentabilité (raisonnable).

 

Vers un nouveau cycle

La balle de la redéfinition des conditions cadre est clairement dans le camp des Etats. Comme l’élection de Donald Trump l’a montré, l’on ne mobilisera largement pour la transition – les milieux populaires en particulier – qu’à travers un discours crédible sur l’emploi. L’emploi est le thème fédérateur, la porte étroite par où passera la durabilité. D’ores et déjà, aux Etats-Unis, deux fois plus de salarié-e-s gagnent leur vie dans le solaire que dans le charbon – encore faut-il le faire savoir! Plus largement, sans équité sociale, pas de durabilité ni d’acceptance de la durabilité; c’est la question sociale qui décidera de la question écologique.

Notes

1.- « Klein N., Tout peut changer, Capitalisme et changement climatique, Actes Sud, Arles 2015.

2.- Programme des Nations Unies pour l’Environnement, Vers une économie verte, Nairobi 2012, p. 2, accès doc pdf: archive.ipu.org/splz-f/rio+20/rpt-unep.pdf

3.- http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2015/wp15105.pdf

4.- Environnement statistique de poche 2018, p. 37, OFEV, Berne 2018, accès: bit.ly/2FwzKeA

5.- cf. «Peu de pays font payer le carbone assez cher pour que les objectifs climatiques puissent être atteints», OCDE 2018. accès: bit.ly/2qUrMSD

6.- Jung, A., «Du nouveau en financement externe d’entreprise et son impact sur la création de valeur», in Entreprises vivantes, ensemble elles peuvent changer le monde, L’Harmattan, Paris 2017.

7.- Cf. «Conventions et recommandations», OIT, bit.ly/2zhCIht

8.- Cf. H. Gazzane, «Trois chiffres édifiants démontrent que la corruption gangrène le monde», Le Figaro, 9 décembre 2017, bit.ly/2A7hph8

9.- World drug report 2017, UNODC, accès doc pdf: bit.ly/2Tnl4l7

10.- Cf. Données de la Banque mondiale, bit.ly/2S24J3v

11.- Cf. Planétoscope, consoGlobe, «Dépenses militaires dans le monde»,
bit.ly/2R1AY2E

12.- 12.- Cf. «Le terrifiant coût du tabagisme pour l’économie mondiale», Le Figaro, 31 janvier 2017, bit.ly/2S0cPKg

13.- Cf. F. Roy, «Les dépenses publicitaires mondiales en croissance de 4,1% en 2018, selon Zenith», CB News, 4 décembre 2017, bit.ly/2OTWip8

14.- http://www.teebweb.org

15.- La pollinisation par les abeilles également importante pour les grandes cultures, Cf. Communiqué d’Agroscope, 12 septembre 2017, bit.ly/2FEJOCe

16.- Cf. «IISD Model International Agreement on Investment for Sustainable Development», IISD, avril 2006 (2e édition révisée), accès doc pdf: bit.ly/2zgmDZD

* Expert en développement durable, Genève.