Le Rapport Dasgupta

Partha Dasgupta, The Economics of Biodiversity: The Dasgupta Review, London, HM Treasury, 2021, 610 pages, Abridged version, 103 pages. (*)

Recension par Hervé Lethier, avril 2021.

Passé relativement inaperçu des grands media, le Rapport Dasgutpa a été publié début 2021 ; il fait un point utile et documenté sur les relations entre l’économique et le Vivant.

Après avoir dressé un état des lieux du sujet et rappelé les principales raisons notamment économiques qui font qu’aujourd’hui la planète fonctionne de travers et que le Vivant disparait progressivement, l’auteur fournit une feuille de route qui permet de mesurer le trajet à accomplir pour inverser, pensent les plus optimistes d’entre nous[1], sinon ralentir cette douce évolution vers un chaos qui serait terrible pour l’humanité, pour les plus collapsologues et autres tenants de l’effondrement.

Où en sommes-nous ?

Le discours n’est pas vraiment nouveau.

On y retrouve traités en première partie les fondamentaux de l’écologie, ainsi que rappelées les principales aménités que l’humanité tire du Vivant, le plus souvent avec beaucoup d’indifférence et peu de conscience, encore moins d’éthique. Nous parlons bien d’une éthique qui ne serait pas d’essence kantienne évidemment où l’homme se croit toujours au-dessus du jeu, ni anthroposophique comme le revendiquent benoitement les chantres de cette philosophie[2], mais d’une éthique environnementale, faite d’un peu de connaissances du Vivant, de beaucoup de respect des autres, d’humilité socratique également, de modération et d’autolimitation.

L’auteur traite ensuite le sujet des externalités ; inauguré dans les années 1920 par le fondateur de l’économie du bien-être, Arthur Pigou[3], la théorie des externalités repose sur le fait que l’évaluation économique élude ou sous-estime tout du moins les coûts environnementaux de nos choix économiques ; dans un sophisme qui ne fait plus illusion, on en arrive à conclure  que guidé par une croissance plus financière qu’économique, notre bien-être dépendrait d’un système où plus nous polluons, plus nous dégradons, plus nous détruisons, plus nous produisons, plus nous consommons, plus nous serions heureux. Que dire dans la suite de cette logique trompeuse, des prétendues vertus mais surtout des perversités bien réelles d’une opérationnalisation d’un tel système, à la fois par la compensation environnementale et au moyen du discours sur la restauration des biens et services environnementaux ?

Reconnaissant que les pouvoirs publics sont généralement réticents à l’aborder, Partha Dasgupta questionne aussi le thème central de la croissance démographique, en particulier au travers des inégalités de toutes natures auxquelles conduit cette autre croissance dont l’insécurité sanitaire et alimentaire sont deux faces du même miroir, comme dans le Rouge et le Noir de Stendhal, celui de la pauvreté.

L’histoire qui se répète, depuis le début des années 1970, dans ses effets délétères, quels que soient les gouvernements et autres institutions en place (locales, nationales et internationales), est malheureusement un roman vrai, pour paraphraser Paul Veyne[4].

Pour l’auteur, le Vivant et l’homme sont en danger ; le paiement des services environnementaux et la reconnaissance des ressources naturelles comme des biens communs, idéalement la confiance en l’autre, seraient parmi les voies possibles de progrès, en renforcement d’un droit qui, s’il n’a de cesse de se développer, montre aussi chaque jour les limites à son application.

Faut-il toutefois être optimiste pour espérer fonder nos sociétés sur cette confiance qui, trop souvent, comme les promesses, n’engage que ceux qui la reçoivent.

L’arbitrage serait une autre piste qui consisterait pour chaque acteur à comprendre la nécessité d’ajuster son propre comportement économique, en fonction des gains espérés et du temps. L’approche dénote curieusement toutefois avec la règle de la maximisation des profits individuels que l’auteur souhaite par ailleurs revisiter, intimant à chacun d’autolimiter ses attentes, non pas dans un intérêt collectif mais pour une satisfaction toute personnelle.

Peut-on pour autant renier une telle démarche qui semble fondamentalement guider le comportement des espèces, y compris l’homme, depuis que le Vivant est apparu sur terre, sans pour autant exclure le besoin et ni contester la nécessité de socialiser ? L’homme seul est toujours en mauvaise compagnie, disait Paul Valery[5] ; ainsi l’intérêt de chacun passerait par un partage avec les autres, cela est plus rassurant.

La crise sanitaire actuelle nous rappelle plutôt bien ces évidences ; elle a l’avantage de nous inciter à en redéfinir les règles et les principes mais, ne nous leurrons pas, d’abord et cyniquement par instinct de survie personnelle, plus que par commisération.

Que devons-nous faire ?

L’auteur réserve la seconde partie de son Rapport à tracer la voie en 12 pages seulement sur les 81 du Rapport. Cette voie serait-elle si courte ? Il est vrai que beaucoup de choses ont déjà été dites en la matière et que le répéter encore, relève pour l’essentiel d’un art consommé depuis les Grecs, qui trouve cependant encore toute son utilité, dans l’actualité environnementale et sanitaire.

Respecter le Vivant dans ses valeurs, quitte à le restaurer dans ses fonctions, réduire notre empreinte écologique en révisant nos modes de production et de consommation, raccourcir les circuits et harmoniser les fiscalités, accélérer la transition démographique au profit en particulier des femmes et des communautés, revisiter les indicateurs de croissance en internalisant au mieux les dés-économies et en les minimisant et en créant par exemple un indice de développement humain ajusté aux pressions exercées sur la Planète (IDHP)[6], transformer notre gouvernance et le fonctionnement de nos sociétés, réviser notre système financier en intégrant au mieux les risques naturels et en nous rapprochant de la sphère réelle, réinventer la démocratie et la participation de la société civile dans la décision publique, reconnecter l’homme à la nature par l’éducation, reconnaitre la valeur intrinsèque du Vivant en promouvant la spiritualité et en rénovant le Sacré, telles sont les pistes proposées par Partha Dasgupta dans sa feuille de route.

Refaire une fois encore les mêmes analyses, répéter les mêmes slogans, produire les mêmes recommandations, tout cela peut paraitre inutile et lassant. Mais peut-on précisément se lasser de l’essentiel et le laisser s’étioler à l’ombre d’un printemps qui ne serait pas simplement silencieux, comme celui de Rachel Carlson[7], mais éteint, pour l’humanité a minima ? Nous ne pouvons, ni ne devons, nous y résoudre évidemment.

Il ne s’agirait que de dépasser notre anthropocentrisme, pour mieux affronter la crise écologique ; une petite affaire en réalité … qui exigerait pour certains une régénération de la politique, la protection de la planète et l’humanisation de la société[8]

(*) L’auteur : né à Dacca, au Bangladesh, Partha Dasgupta a passé une partie importante de sa vie en Inde où il a débuté ses recherches avant de s’établir au Royaume Uni dans les années 1960. De nationalité britannique, l’auteur est aujourd’hui Professeur émérite d‘économie à l’Université de Cambridge ; honoré par de nombreuses universités dans le monde, ses travaux l’ont conduit à étudier en particulier les relations entre la croissance économique et les ressources naturelles, sujet du présent rapport répondant à une commande du gouvernement britannique et dont il a encadré la publication. 

1.-https://www.gov.uk/government/publications/final-report-the-economics-of-biodiversity-the-dasgupta-review

2.- Sur le sujet :  Larrère, C. et R. (2020)  Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste, Edition Premier Parallèle.

3.- Steiner, R. (1998) Les lignes directrices de l’anthroposophie, traduit par Bideau, G. et P.H., Edition Novalis.

4.- Pigou, A.C. (1920)  The Economics of Welfare, London: Macmillan and Co.

5.- Veyne, P. (1971)  Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie, Paris, Edition du Seuil.

6.- Valery, P. (1941) Tel quel, NRF, Edition Gallimard.

7.- PNUD (2020) Rapport sur le développement humain.  La prochaine frontière – Le développement humain et l’Anthropocène, 463 p. (http://hdr.undp.org/sites/default/files/hdr2020_fr.pdf).

8.- Carlson, R. (1962) Silent Spring.

9.- La Tribune (2020) Conférence enregistrée dans le cadre de la 5e édition du forum d’idées « Une époque formidable » (https://www.franceculture.fr/conferences/acteurs-de-leconomie-la-tribune/changer-de-civilisation-plus-que-jamais-cest-lheure).


 

 

 

 

 

 

 

 

Il est temps de ne pas reprendre

Il est temps de ne pas reprendre / È tempo di non riprendere / Es ist Zeit, nicht einfach weiter zu machen / Es hora de no volver a empezar / It’s time to not resume

https://framaforms.org/il-est-temps-de-ne-pas-reprendre-e-tempo-di-non-riprendere-es-ist-zeit-nicht-einfach-weiter-zu

Bonjour, Hola, Hallo, Ciao, Hello

You will find here several versions of a text written by the « Atelier d’Ecologie Politique », a French collective of scientists. We would like to publish it soon in several international journals with many signatures of scientists. Do not hesitate to sign it if you agree with it and to transmit it. You can either download the pdf version of the file (which includes a few references), or read the text below by selecting the right language.

Vous trouverez ici plusieurs versions d’un texte rédigé par l’Atelier d’Ecologie Politique (Toulouse) et l’Ecopolien (Paris), des collectifs français de scientifiques. Nous souhaiterions le publier prochainement dans plusieurs journaux internationaux avec de nombreuses signatures de scientifiques. La version francaise a été acceptée pour publication dans Le Monde. N’hésitez pas à le signer si vous êtes d’accord avec lui et à le transmettre. Vous pouvez télécharger la version pdf du fichier (qui inclut des références) ou bien lire le texte ci-dessous en sélectionnant la bonne langue.

Troverete qui diverse versioni di un testo scritto dall' »Atelier d’Ecologie Politique », un collettivo francese di scienziati. Vorremmo pubblicarlo presto su diverse riviste internazionali con molte firme di scienziati. Sentitevi liberi di firmarlo se siete d’accordo e di trasmetterlo. Potete scaricare la versione pdf del file (che include i riferimenti) o leggere il testo sottostante selezionando la lingua giusta.

Sie finden hier mehrere Versionen eines Textes, der vom Atelier d’Ecologie Polique (Toulouse) und den Ecopolien (Paris), französischen Kollektiven von Wissenschaftlern, verfasst wurde. Wir möchten es demnächst in mehreren internationalen Zeitschriften mit vielen Unterschriften von Wissenschaftlern veröffentlichen. Zögern Sie nicht, ihn zu unterzeichnen, wenn Sie damit einverstanden sind, und ihn zu übermitteln. Sie können die PDF-Version der Datei herunterladen oder den Text unten lesen, indem Sie die richtige Sprache auswählen.

Encontrarán aquí varias versiones de un texto escrito por el « Atelier d’Ecologie Politique », uncolectivo de científicos franceses. Nos gustaría publicarlo pronto en varias revistas internacionales con muchas firmas de científicos. No dude en firmarlo si está de acuerdo con él y a compartirlo. Puede descargar la versión pdf del archivo (que incluye referencias) o leer el texto a continuación seleccionando el idioma correcto.

Você encontrará aqui várias versões de um texto escrito pelo Atelier d’Ecologie Politique, um coletivo francês de cientistas. Gostaríamos de publicá-lo em breve em vários periódicos internacionais com muitas assinaturas de cientistas. Não hesite em assiná-lo se concordar com ele e encaminhá-lo. Você pode baixar a versão pdf do arquivo ou ler o texto abaixo, selecionando o idioma correto.

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La belle histoire de la vie

par Michel Gauthier-Clerc

Editions De Boeck Supérieur 2019,

B1348  Louvain-la-Neuve, Belgique

ISBN 978-2-8073-2177-9

Compte rendu par François Burnier,

Docteur en médecine,

La-belle-histoire-de-la-vie

L’avouerai-je ?  A première vue, le titre de cet ouvrage ne m’avait pas particulièrement accroché. Trop général ? Je me hâte de préciser que j’avais entièrement tort. J’y reviendrai à la fin.

Docteur en écologie et en médecine vétérinaire, ayant notamment étudié les manchots de l’île Crozet, l’auteur (*) nous emmène sur les traces de tous les hommes qui se sont intéressés à la nature, en commençant avec les cueilleurs chasseurs d’il y a 400’000 ans pour arriver au XXIème siècle et à l’intelligence artificielle.

D’une lecture fort agréable, l’ouvrage se compose d’environ 150 thèmes apparaissant sur la page de gauche avec, sur la page de droite, une photo de grande qualité où l’on découvre une peinture de la grotte de Lascaux, un fossile d’ammonite, le tronc tortueux d’un olivier, une enluminure du XVème siècle, des dessins de Léonard de Vinci, une harde de biches dans une futaie, André Vésale effectuant une dissection humaine, un colibri prélevant du nectar, une préparation microscopique de protozoaires, un avion pulvérisant des pesticides…

Le premier des six grands chapitres décrit la préhistoire et l’Antiquité, abordant notamment la colonisation de la planète par les humains, la disparition de la mégafaune et les extinctions de masse. Nous voici d’emblée dans le vif du sujet.  Le regard porté sur la nature par l’Inde et la Chine antiques est bientôt suivi de celui d’Aristote et de Pline l’Ancien, le parcours étant entrecoupé de questionnements – Qu’est-ce que le vivant ? D’où vient la vie ? Qu’est-ce qu’un biologiste ? – ainsi que de descriptions de l’évolution de la médecine, tant humaine que vétérinaire.

Nous allons ensuite du Moyen Âge à l’aube des Lumières, avec le progrès des connaissances botaniques, zoologiques et anatomiques, ainsi que l’accès au monde microscopique. C’est à partir du début du XVIème siècle que, après une étrange pause de plus de 1300 ans, les connaissances en anatomie recommencèrent à progresser, parallèlement au développement de l’histoire naturelle.  A la suite des philosophes et des scientifiques grecs, Descartes appliquait une méthode rationnelle et il considérait les êtres vivants comme des machines répondant uniquement aux lois de la chimie et de la physique.  A cette approche mécaniste s’opposaient le vitalisme, évoquant une force invisible, ainsi que l’alchimie.  Parallèlement, les enseignements de l’Eglise ne permettaient pas d’envisager que les espèces puissent évoluer et se transformer au cours du temps.

La fin du XVIIIème siècle vit apparaître certaines formes de conscience environnementale, avec notamment la mise sur pied de réserves forestières, dans le but notamment de se protéger du changement climatique et de la sécheresse.  C’est aussi à cette époque que Malthus, dans son Essai sur le principe de population, proposa un contrôle actif du nombre des naissances dans le but d’éviter un épuisement des ressources disponibles.

Les trois chapitres qui suivent abordent, parmi bien d’autres sujets, la symbiose, les écosystèmes et la dynamique des populations, la découverte de l’ADN, la manipulation parasitaire, l’éthologie et l’écologie comportementale, l’investissement parental, les anticorps monoclonaux, la brevetabilité du vivant et les OGM, la bioéthique, le concept d’Anthropocène, l’épigénétique, le SRAS, l’initiative mondiale One Health,

l’intelligence artificielle, l’agricultures synthétique et l’agriculture biologique… et bien d’autres domaines. Il est impossible de rendre justice en quelques lignes à un ouvrage tel que celui-ci, où convergent magistralement histoire et biologie, le tout dans une approche d’une grande esthétique. Ainsi donc, ce livre mérite pleinement son titre.

En refermant cet ouvrage, le 31 mars 2020, en pleine crise du coronavirus – ou faut-il dire : au début de cette crise ? – on pense inévitablement aux réflexions que l’auteur pourrait faire au sujet de la tragédie que nous vivons en ce printemps si différent des autres.

(*) Michel Gauthier-Clerc dirige actuellement le Zoo de la Garenne, à Le Vaud, en Suisse, non loin du Lac Léman. Entièrement rénové en 2016, ce parc animalier est réputé non seulement pour ses installations vastes et modernes, son excellente présentation didactique et son accueil du public, mais aussi pour les succès qu’il a remportés dans l’élevage en captivité du gypaète barbu. Ces efforts ont grandement contribué à la réintroduction accomplie dans les Alpes de ce magnifique rapace qui avait été exterminé vers la fin du XIXème siècle en raison de l’ignorance destructrice de l’homme.

Projet de recherche sur les relations entre le mouvement moderne de la libération animale et l’écologie scientifique et politique

Ivo Rens,

Genève, 8 juin 2018.

 

La réflexion philosophique et politique sur les relations de l’homme et de l’animal ont connu une mutation à la fin du XXème siècle à la suite de la parution de quelques ouvrages fondateurs, à savoir :

 

1.- Richard D. Ryder, (1940-xxxx), philosophe britannique, inventeur du mot “spécisme” en 1970,

Speciesism: The Ethics of Vivisection. Scottish Society for the Prevention of Vivisection. (1974)

 

2.Peter Singer,(1956-xxxx), philosophe australien, Animal Liberation: A New Ethics for our Treatment of Animals, New York Review/Random House, New York, 1975; Cape, London, 1976; Avon, New York, 1977; Paladin, London, 1977; Thorsons, London, 1983. Harper Perennial Modern Classics, New York, 2002. Harper Perennial Modern Classics, New York, 2009.

La Libération animale, traduit de l’anglais par Louise Rousselle et David Olivier, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », (1re éd. Grasset, 1993)

 

3.- Peter Singer, Practical Ethics, 2nd édition, Cambridge University Press, 1993. The first édition appeared in 1979.

 

4.- Tom Regan, (1938-2017), philosophe américain, The Case for Animal Rights, University of California Press (1983, 1985, 2004)

Les Droits des animaux, trad. Enrique Utria, Hermann, 2013

 

5.- Florence Burgat, (1962-xxxx) philosophe française, Animal, mon prochain, Paris, Odile Jacob, 1997.

 

6.- Elisabeth de Fontenay, (1934-xxxx) philosophe française, Le silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité, Paris, Fayard, 1998.

 

7.- Ayméric Caron, (1971-xxxx) publiciste français, Antispéciste, Le Seuil, 2016.

 

8.- Corine Pelluchon, (1967-xxxx) philosophe française, Manifeste animaliste. Politiser la cause animale, Alma éditeur, Paris 2017.

 

Dans mon livre Entretiens sur l’écologie, de la science au politique (2017),j’ai consacré un chapitre à la philosophe française Corine Pelluchon qui, dans l’un des ses ouvrages, déclare s’inspirer de l’écologie profonde d’Arne Naess. Il me paraît intéressant de rechercher quels autres représentants contemporains de la protection animale se sont inspirés de l’écologie scientifique ou politique et quelles sont les relations entre les deux mouvances. Et plus intéressant encore d’explorer l’éthique tant théorique que pratique qui les anime.

L’eau

par Ivo Rens

Septembre 2018

 

Selon le Larousse, la biosphère désigne l’ensemble des écosystèmes de la Terre, correspondant à la mince couche (20 km max.) de l’atmosphère, de l’hydrosphère et de la lithosphère où la vie est présente. (1)

Or la vie requiert impérativement la présence d’eau. Comme l’écrit Philippe Lebreton dans Eco-logique : “Il existe des formes de vie sans oxygène gazeux ; il n’en est point (sur Terre au moins) qui puisse se passer d’eau… De toutes les molécules l’eau est sans doute la plus banale et la plus précieuse, l’une des plus simples et des plus extraordinaires à la fois. Ses formes sont multiples, ses rôles ne le sont pas moins : solvant, boisson, agent ou produit du métabolisme, volant thermique, fluide industriel…” (2)

Si, comme l’enseigne la géologie depuis James Hutton, Jean-Baptiste Lamarck, Charles Lyell et Charles Darwin, la surface du globe terrestre a été profondément transformée par la vie, on peut affirmer qu’elle l’a été plus fondamentalement encore par l’eau en raison d’une des particularités ou même des anomalies de cette dernière. En effet, “le comportement de l’eau à la solidification (au gel) : contrairement à la plupart des corps fusibles, l’eau subit une dilatation, d’où la densité de la glace inférieure à l’unité. En tant que facteur de milieu, l’eau agit par de tels effets : rôle déliteur du gel sur les roches, flottaison des glaces. Parce que leur densité passe par un maximum à +4C, les eaux lacustres et certaines eaux marines superficielles bénéficient d’un brassage saisonnier.” (3)

On sait que près des trois quarts de la surface du globe terrestre sont recouverts d’océans et de mers constituées d’eau salée. Les géologues ont calculé que “la réserve totale de notre planète en eau est de 1’400.000.000 km3, ce qui est considérable. De toute l’eau présente sur Terre, seulement 2.59% est de l’eau douce. Sur ces 2.59%, il y en a une partie, environ 2%, bloquée dans les calottes glacières et les glaciers. Le reste de l’eau douce est dans le sol (0.59%), ou accessible directement : lacs, rivières, fleuves, etc. (4)

La molécule d’eau est de loin la molécule la plus répandue dans les organismes vivants, tant dans la flore que dans la faune, puisque sa part dans le poids de ces organismes varie de 60 à 95 %. Chez l’être humain, elle oscille autour de 65%. Privé d’eau, l’organisme vivant dépérit, et l’être humain meurt en deux ou trois jours. Aussi bien l’eau tient-elle une place considérable dans l’ordre socio-économique comme en biologie.

“L’eau n’est pas qu’un bien ; elle est aussi un lien. Ce lien est inscrit au plus profond de ces vivantes créatures de la soif que nous sommes. La soif n’est pas que la manifestation d’un besoin d’hydratation ; elle est une relation.” (5)

Dans ces conditions on conçoit l’importance que peut revêtir la pollution des eaux douces, que ce soit par des produits chimiques, tels que les pesticides et les détergents ou par des éléments tels que le plomb ou le mercure.

Les eaux marines aussi peuvent subir des pollutions d’origine organique autour des grands ports, ou encore d’origine agricole, militaire, industrielle et notamment pétrolière. (6)

Que les pollutions marines puissent avoir des conséquences, non seulement économiques et politiques, mais aussi écologiques et biosphériques, voilà qui pose d’immenses problèmes dont il est difficile de prendre la mesure.