Oiseaux et biodiversité du Valais Comment les préserver

Station ornithologique suisse, Sempach, 2019

(ISBN 978-3-85949-015-4)

Recension par le Dr. François Burnier

juin 2021

Raphael Arlettaz, l’auteur principal,est le chef de la division Biologie de la Conservation de l’Institut d’Ecologie et d’Evolution de l’Université de Berne. Après des recherches ayant donné lieu à de nombreuses publications scientifiques dans des domaines très variés de la biologie, il se focalise depuis sa nomination sur l’étude des causes du déclin de nombreuses espèces animales et sur les moyens d’y remédier. A cet effet, il applique une approche globale, tenant compte des aspects sociétaux et des activités économiques, notamment agricoles et sylvicoles, ainsi que de celles qui sont liées au tourisme et aux diverses formes de loisirs. C’est dans une concertation avec toutes les parties concernées que l’on peut espérer améliorer la biodiversité du monde qui nous entoure.  

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L’ouvrage

Si le changement climatique est un sujet dont on parle tous les jours actuellement, il n’en est pas de même de la diminution de la biodiversité, pourtant très préoccupante elle aussi. Il est vrai que chacun ressent directement l’augmentation progressive et continue de la chaleur ambiante, alors qu’il faut être plus attentif pour constater que de nombreuses espèces d’oiseaux, autrefois communes, diminuent; qu’il y a de moins en moins d’insectes écrasés sur les pare-brises des véhicules; que beaucoup d’espèces végétales disparaissent progressivement.

Réalisé par un collectif d’auteurs valaisans réunis autour du professeur Raphaël Arlettaz, cet ouvrage solidement documenté expose l’évolution au cours du temps qu’a connue le Valais, grand canton alpin réunissant l’essentiel du bassin versant du Rhône en amont du Lac Léman.

Huit chapitres passent en revue les principaux écosystèmes, ou milieux, du Valais, hébergeant un une vingtaine d’espèces d’oiseaux typiques, qui sont considérées comme des sentinelles écologiques en raison de leurs exigences élevées : cela signifie qu’elles sont particulièrement sensibles aux changements que peut subir leur milieu de vie. On les considère en outre comme des «espèces ombrelles», dans le sens que leur existence coïncide en général avec celles d’un cortège d’espèces compagnes, qui dépendent elles aussi de la qualité du biotope en question. A noter qu’il s’agit là non seulement d’espèces d’oiseaux, mais aussi d’autres animaux – mammifères, amphibiens, insectes notamment – ainsi que de végétaux.

De nombreuses espèces sont l’objet d’un suivi ayant débuté il y a longtemps, ce qui permet de dégager des conclusions pertinentes en ce qui concerne leur protection. C’est ainsi que le majestueux gypaète barbu, exterminé des Alpes au XIXème siècle, a été réintroduit avec succès au siècle dernier : le Valais en comptait huit couples en 2019. Le hibou grand-duc, qui paraissait être au bord de l’extinction dans les Alpes suisses au milieu du siècle passé, a peu à peu recolonisé certains sites du canton. Après la fin de la persécution humaine, d’autres causes de mortalité sont apparues pour ce grand rapace nocturne, en particulier les collisions avec des véhicules ou l’électrocution sur des pylônes. Lentement – très lentement même -, une modification des installations électriques dangereuses est en cours, preuve que des succès peuvent être réalisés au moyen d’efforts concertés. Pour ces espèces et quelques autres, il est important que des lieux de nidification favorables soient ménagés; une carte des falaises sensibles a été établie en concertation avec les adeptes des sports de grimpe notamment.                        

Un autre exemple dans ce sens est celui de la huppe fasciée, splendide passereau bigarré affectionnant les milieux chauds, dont les effectifs se sont multipliés par cinq ou six ces dernières années grâce à la pose de nichoirs dans les vignes. La collaboration bienveillante de la part des vignerons a été déterminante dans le succès de cette entreprise.  

Ce sont là quelques exemples d’une méthode – recherche et correction des causes de déclin – qui est transposable à toute autre région. Elle requiert de vastes recherches de terrain, des contacts avec les personnes concernées ou susceptibles d’être intéressées, de la perspicacité et beaucoup de persévérance. Pour plusieurs espèces, la Suisse a une responsabilité particulière à l’échelle européenne en raison de ses richesses naturelles et tout particulièrement des espèces rares qu’elle a le privilège d’héberger.   

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Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, la correction du Rhône a permis la colonisation humaine en basse altitude, avec un vaste défrichement des forêts.  La croissance démographique qui a suivi a entraîné l’extinction de la grande faune (ongulés, grands prédateurs) par les armes à feu et le poison. Parallèlement, l’avènement de l’hydroélectricité a entraîné d’immenses remaniements du territoire avec des barrages et leurs lacs d’accumulation. Par ailleurs, l’usage de produits chimiques (engrais, pesticides) dans l’agriculture a profondément modifié le paysage habité. Enfin, le tourisme, d’abord limité, s’est mis au cours des dernières décennies à la conquête des champs de neige encore vierges, entraînant une perte de quiétude pour la faune alpine, dont la survie hivernale exige des dépenses énergétiques minimales. Citons ici le tétras lyre, ou petit coq de bruyère, particulièrement sensible, dont la diminution est directement corrélée à l’expansion des sports de neige hors piste. Des zonesde tranquillité sont progressivement instaurées, en Valais comme ailleurs en Suisse, avec l’espoir qu’elles soient bien respectées à l’avenir.

Actuellement, la forêt subit un changement progressif d’exploitation, l’accent étant mis sur l’exploitation du bois de feu plutôt que du bois d’oeuvre. Même si elles nous paraissent parfois brutales, les coupes d’arbres contribuent à la diversité du paysage, de même que l’incendie survenu à Loèche en 2003, qui avait été perçu sur le moment comme une catastrophe alors que ses conséquences allaient bénéficier par la suite à plusieurs espèces d’oiseaux qui étaient devenues rares. En outre, les forestiers ménagent en général les arbres portant des cavités creusées par des pics, ainsi que le bois mort dont bénéficient de nombreux insectes xylophages, eux-mêmes source d’alimentation pour de nombreux oiseaux.  Ainsi, la qualité écologique de la forêt valaisanne est aujourd’hui nettement meilleure qu’elle ne l’était au cours des siècles passés.

De son côté, l’agriculture intensive n’est pas favorable aux oiseaux nicheurs, notamment en raison de fauches devenues plus précoces, compromettant les nichées.  La troisième correction du Rhône, actuellement en cours, avec élargissement du lit dans le but d’absorber les crues qui deviennent de plus en plus fréquentes, est une occasion de restructurer les milieux riverains, en les rendant plus accueillants pour la faune et la flore. Des suggestions concrètes dans ce sens, avec photomontages, sont présentées dans le livre, et elles devront servir de base de discussion dans ce grand chantier.   

                                                                     * * *

Illustré de magnifiques photographies, ce livre tente de faire le point sur ces enjeux et d’esquisser des solutions pratiques pour une évolution socio-économique plus soucieuse de la biodiversité, notre patrimoine vivant qui nous accompagne depuis les débuts et qu’il est temps de considérer à sa juste valeur.

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